Le regard d’Icare

Voler, voler…on en rêve tous. Mais qui le fait vraiment ? Quels sont ces pilotes qui osent se lancer dans le vide depuis les falaises de Chartreuse ?

Pour cette 38ème Coupe Icare, j’ai voulu aller à leur rencontre, les voir et bien sûr vous les faire découvrir à travers ces quelques portraits, tout en images. Premier constat, peu de femmes ! Mais qu’elles sont belles, celles qui osent ainsi défier le ciel. « Elles le font avec beaucoup de finesse et d’élégance », m’ont-elles raconté « et comme ce sont ces qualités là qui font les beaux vols, les femmes ont un bel avenir dans le ciel d’Icare… ». Peu de jeunes non plus sur les pistes d’envol. Mais, ceux qui se lâchent dans les airs de St Hilaire le font avec beaucoup de brio et de spontanéité. « Défier la nature est un plaisir fou », nous a dit l’un d’entre eux. « En l’air, plus rien n’a d’importance, je suis heureux », rajoute son copain. Alors, il faut être un homme mûr et sage pour oser affronter les cieux en toute quiétude ? Pas si sûr ! Ceux que j’ai rencontrés m’ont tous parler de technique et de matériel, m’ont donné des cours d’aérologie et m’ont saoulé de termes techniques, comme s’ils voulaient se cacher derrière. Mais lorsque je leur ai demandé de me raconter leurs vols tout simplement, ils ont eu du mal à me parler de leur rêve d’Icare. Heureusement, il nous reste l’image, car leurs regards nous en disent beaucoup plus.
Claude Muller

La coupe Icare, avant première.

Ce week-end devrait être splendide pour les hommes volants sur leurs fantastiques machines. Ce matin, les pilotes de la Coupe Icare sont tous arrivés sur le plateau de Saint Hilaire du Touvet avec du soleil dans les yeux et des rêves plein la tête. Demain, ces acrobates du ciel vont s’entrainer à virevolter dans le ciel Chartrousin, tout en peaufinant leurs drôles d’engins aériens. Qu’ils s’apparentent à des parapentes, à des deltaplane, des avions ou des ballons, qu’ils soient habillés, déguisés ou transformés, qu’ils soient lumineux ou sophistiqués, ils espèrent tous briller sous les rayons du Grésivaudan. La foule chaque année plus nombreuse et les curieux tous plus admiratifs les uns que les autres, attendent ce moment depuis si longtemps… Ils seront là pour vibrer d’émotion. Et pour commencer ce spectacle de rêve, je vous offre quelques images puisées au tréfonds de mes archives colorées.
Claude Muller

Créer dans les Alpes, c’est Résister ?

Si vous pouvez lire cette chronique et si je peux la publier ici et maintenant, c’est grâce à un Homme, des Résistances et aux Alpes.

L’homme, c’est le journaliste Hubert Beuve-Méry. Il a réfléchi, pensé, imaginé, muri le journal Le Monde en 1941 dans le foisonnement de l’École des Cadres. Son animateur, le « vieux chef »  Pierre Dunoyer de Ségonzac avait choisi la quiétude et la sérénité du Château d’Uriage, au pied de la chaîne de Belledonne, pour implanter ce laboratoire d’idées.

Les résistances, ce sont toutes ces Révolutions nées dans nos montagnes. On pense d’abord à Guillaume Tell, dont sa résistance à l’envahisseur fait la fierté de tous les Suisses. Puis, à la plus belle des Résistances, la Révolution française. Elle est née le 7 juin 1788 dans les rues de Grenoble, lors de la journée des Tuiles. Mais, on pense surtout à la Résistance des maquis implantés dans nos massifs Alpins de l’Oisans, Belledonne, Chartreuse, Vercors ou encore sur le plateau des Glières…

Mais que viennent faire les Alpes dans cette chronique ? Pour le comprendre, je vous invite à faire le pari audacieux du dernier opus de la revue L’Alpe. « Et si c’était nos montagnes qui étaient naturellement des terres de la Résistance ? » Pour étayer cette thèse, ce précieux magazine nous raconte toutes ces Histoires avec la rigueur, la liberté de ton et l’imagination qui lui vont si bien.

Marche pour la Paix au Viet-Nam - Photo Marc Riboud

La plus belle idée de 54e numéro est dans la publication des images d’un immense Résistant. Je veux croire que c’est en combattant dans le Vercors que Marc Riboud est devenu photographe. Et c’est en échappant de peu aux balles nazies dans les falaises de Valchevrière, le 23 juillet 1944, qu’il s’est forgé une âme de reporter.

Mai 68 à Paris - Marc Riboud

Depuis, il a couvert pour l’agence Magnum de nombreux combats. Ses photos de Paix ont fait le tour du monde.

C’est avec toute l’énergie dégagée par ses images, avec d’anciens Résistants, avec l’édito de la revue l’Alpe, que je vous invite à cogiter cette belle idée : Résister, c’est créer ; créer, c’est résister.

Claude Muller