Les Détours de Babel, un festival imaginatif

Pour sa deuxième édition, ce rendez-vous en Isère avec les musiques du monde contemporain ose un voyage musical en « Résistances ».
C’est gonflé de mettre au programme Musique et Politique en ces temps compliqués. « La musique a toujours été de tous les combats, sur tous les fronts : musiques militaires, religieuses, révolutionnaires, partisanes, identitaires… Mais aussi, hélas, de toutes les manipulations : musiques d’engourdissement, de soumission, d’aliénation ou de consommation », constatent les deux compères Benoit
Thiebergien et Jacques Passinet, à l’initiative de ce festival inventif.
Alors, pour nous souffler leurs inspirations, les Détours de Babel nous proposent plus de 80 événements, défilés, manifestations, chantiers, tournées, brunchs, bals, concerts et spectacles… Ainsi, ils placent l’imagination des créateurs au pouvoir de nos utopies et nous promettent une grande bourrasque. Sûr, elle nous fera du bien aux oreilles, mais pas que…
En choisissant les couleurs et les tonalités de vos soirées, vous embarquerez dans un voyage à la rencontre des musiques composites du monde de demain.
Elles sont multiples, croisées, imaginatives et «transculturelles » et forcement plurielles. Alors, Bon vent…
Claude Muller

L ‘inauguration

Dans les Détours de Babel, tout commence par une visite à l’essentiel, la culture. Et à Grenoble, il faut toujours aller revoir André Malraux, évidemment.
Chut, écoutez. Nous sommes dans le hall de l’Hôtel de ville de Grenoble. Devant son pupitre, un acteur revisite le verbe de Malraux. Il inaugure ce festival. Sa voix rocailleuse nous transperce : « La culture, c’est ce qui répond à l’homme quand il se demande ce qu’il fait sur terre. » Comment mieux déclamer son amour de l’Art qu’avec ces mots simples et essentiels à la fois ? Cette performance conçue par Jean Boillot déroulera son tempo sonore (David Jisse) et visuel (Isabelle Ronayette), le jeudi 22 mars à 18h.
Ensuite, chacun pourra souffler vers son voyage musical, en « Résistances ».
Claude Muller

Un dia en Oaxaca

Je vous propose de commencer par un concert au-delà des frontières. Il sera situé au croisement des harmonies. Vendredi 23 mars 2012 sera un dia en Oaxaca.
Au Mexique comme en France, les orchestres, fanfares, Brass band ou Banda sont de toutes les fêtes de villages. Le Trio d’argent a composé des œuvres pour fêter ces rencontres. Alors, les Détours de Babel les ont invités à jouer sur la scène de l’Espace Paul Jargot en compagnie de l’Harmonie de l’Ensemble Musical Crollois.


Grégory Orlarey sera à la baguette. Il aime diriger cet orchestre fort d’une cinquante d’instrumentistes à vent et percussion.

En assistant à l’une de leur répétition, je me suis immédiatement rendu compte que c’était une belle équipe de musiciens de toutes les générations. Nathalie, l’une des percussionniste, confirme : « que l’on ait 7 ou 77 ans, nous avons un hobby en commun, la musique….Alors à chacun son instrument et en avant …  »
Le répertoire musical de cette harmonie est vaste et éclectique. Gregory essaye toujours de leur proposer des projets musicaux originaux. « Ils ont beaucoup voyagé au cours des saisons passées et se sont confrontés à un maximum d’expériences ». « C’est ce qui fait notre force », rajoute Pierre, le trompettiste.
Et pour Grégory, « ce concert partagé avec les flutistes du Trio d’Argent sera un voyage entre les différentes influences musicales latino-américaine et des musiques plus contemporaines. Boléro, cha cha, mambo, salsa, mais aussi…surprises ».

Cela ne vous fait pas peur ? Les réponses fusent :
« Notre chef nous a habitués à prendre des risques et à sortir des sentiers battus, cirque, déambulations, théâtre, concert rock… Donc facile ?, pas toujours…déroutant ? parfois, mais un accueil chaleureux du public, toujours », dit Thierry, un autre trompettiste.
Pour Nicolas, percussionniste, « la première répétition a été un sacré choc. On s’est un peu tous posé la question « c’est quoi cette musique ? ». Mais, cette impression s’est rapidement estompée lorsque nous avons rencontré le Trio et qu’ils nous ont expliqués leur musique. »
Pour Maurice et son Saxophone Ténor, « passer de la musique « harmonieuse » à de la musique contemporaine n’est pas chose facile ! Mais en présence de l’auteur cela change tout » et cela le rend euphorique. « L’échange a été immédiat, dès les premières mesures nous recevions les indications de François Daudin Clavaud, le compositeur. « Comment faire venir le son uniquement après l’attaque de résonance de l’embouchure ». Ensuite, il nous a expliqués de façon très imagée, la signification des différents passages de son œuvre. Michel et Xavier, les deux autres flutistes, se sont exprimés à différents moments pour expliquer la façon dont ils l’ont déjà jouée. »
Quelles émotions ressentez-vous quand vous jouez ces musiques ?
Nathalie : « A ce stade, c’est encore beaucoup de concentration et d’application car c’est un morceau difficile, les émotions seront pour le concert … »
Pour Thierry, « cette expérience sud américaine nous plonge dans un univers musical qui laisse place à l’imagination.


Les pupitres se répondent , se relaient ou se superposent au gré de la création du Trio d’argent pour créer un vrai dépaysement et au final une couleur musicale envoûtante. »

Nicolas : « la plupart du temps… de la joie. »
Maurice : « la musique est un langage universel fantastique: les frontières n’existent plus, nous découvrons l’autre avec toute sa richesse et sa culture…ce concert sera un moment de partage exceptionnel ».
Je laisse la conclusion à David, le saxophoniste, il a 15 ans.
« Ces périples musicaux sont toujours extraordinaires. On se rend compte qu’avec les mêmes instruments on peut passer sans problème d’un univers à un autre totalement différent. C’est en quelque sorte la magie de la musique. Cette représentation avec des flutistes de haut niveau sera pour tous, une occasion exceptionnelle de nous évader. »
Claude Muller

Attention Convoi d’utopies exceptionnelles

Le samedi 24 mars, Les Détours de Babel et toute l’harmonie de l’EMC vous invite dès 13h30 à la parade des Utopies dans les rues de Crolles Puis, cette déambulation musicale, théâtrale et mécanique aux couleurs du monde rejoindra dans un souffle les quatre chars bigarrés dans les rues de Grenoble pour une grande parade multicolore. Et, comme il se doit, tout finira ce soit là par une fête musicale, ce sera le grand bal des quatre Mondes.
Claude Muller

Jean-Jacques Rousseau, le vagabond

J’aime l’idée de raconter, comme je le faisais naïvement aux Charmettes dans mon enfance, que Jean-Jacques Rousseau est un vagabond.
D’abord, je crois que c’est un peu vrai. Il aimait marcher, se balader, herboriser, errer et vagabonder sur les chemins avec pour seul objectif d’aller à la rencontre de la nature et d’y découvrir sa vérité profonde. « J’aime à marcher à mon aise, et m’arrêter quand il me plaît…voilà de toutes les manières de vivre celle qui est le plus à mon goût. »

Ensuite, j’aime penser que je marche quelquefois dans ses pas, j’imagine qu’il est passé par là, qu’il s’est assis sur cette pierre, qu’il a glané quelques fleurs dans ce sous bois, qu’il a gravi ce sentier, qu’il a bu dans cette fontaine, et qu’il s’est posé comme moi sur ce rocher, face à ce paysage Chartrousin. Alors, tel ce promeneur solitaire, je rêve. « Jamais pays de plaine, quelque beau qu’il fût, ne parût tel à mes yeux. Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur« .
Enfin, il me semble que Jean-Jacques Rousseau a mené une vie de bohème. Il a exercé milles métiers, pour garder intact son indépendance, il a longtemps cherché sa voie, hésitant entre musique et littérature, il a eu milles conquêtes, sans jamais fonder de foyer, il a même eu cinq enfants, mais les a abandonnés à l’assistance publique. Si ce n’est pas une vie de vagabond ça, je n’y connais rien ! Mais d’un autre côté, il a été, par ses écrits l’un des précieux précurseurs de la révolution française. Pour cela, j’ai envie de me souvenir et de partager avec vous la mémoire de Jean-Jacques Rousseau le romantique, celui qui associe dans un même élan démocratique, sciences, littérature et progrès social.

Jean-Jacques Rousseau - le sentiment et la pensée

Rassurez-vous, je n’ai pas la prétention de me comparer à lui, ni même de vous raconter ses œuvres ou ses écrits. Pour cela, il faudra vous plonger dans le magnifique ouvrage que les Éditions Glénat viennent de publier, Jean-Jacques Rousseau, le sentiment et la pensée.
A l’occasion du tricentenaire de sa naissance (1712-2012), Yves Mirodatos, ce professeur
(chaire supérieure en classes préparatoires littéraires à Annecy) vous raconte ce personnage beaucoup mieux que je ne pourrais le faire. Pour cela, il a rassemblé une équipe de spécialistes de Rousseau et ensemble, ils vous proposent un ouvrage très complet et richement illustré.

Yves Mirodatos

Il a pour ambition de vous faire « découvrir ou approfondir l’homme et son œuvre à travers des thèmes comme le sentiment de la nature, le goût de la musique, le rapport aux femmes, ou les querelles avec ses contemporains ». Dans ce livre très documenté, tous ces auteurs nous racontent un personnage toujours en quête de savoir. Si l’on ne devait retenir qu’une seule idée de son œuvre considérable, ce serait sûrement sa passion pour la vérité, lorsque dans son Contrat social, il associe cette valeur à l’égalité et à la liberté.

Vous pourrez aussi participer aux très nombreux événements et manifestations organisés en Rhône-Alpes pour célébrer l’homme, le voyageur, le philosophe, l’écrivain, le penseur, le précurseur, l’encyclopédiste… La ville de Chambéry, le musée des Charmettes, Grenoble, Genève, le Parc régional de Chartreuse, la région Rhône-Alpes, tous rivalisent d’imagination pour vous raconter, chacun à sa manière, son Rousseau.

A mon idée, pour comprendre Jean-Jacques, rien ne remplacera jamais une belle balade sur le plateau du Vercors par exemple, au pied du Mont Granier, à travers le Désert d’Entremont ou enfin sur les chemins des Charmettes, par une belle journée de printemps, comme il s’en dessine quelques-unes en ce moment. En marchant, vous comprendrez la musique de ses mots, vous entendrez la sagesse de ses pensées et peut-être même que vous sentirez le sens qu’il a voulu donner au mot Liberté.

Claude Muller