Les Rencontres Brel sur un petit nuage avec Emily Loizeau

Sur scène, quand « Vole Le Chagrin Des Oiseaux », Emily Loizeau joue du piano debout « pour tenir dans le vent » car elle chante avec ses quatre complices une ode dédiée à la nature, sa nature : « Comme elle est belle la lune quand elle s’élève Rejoindre la rumeur du printemps ! »
Alors, Emily Loizeau adopte un langage très organique. « C’est celui du rêve, du conte, de la nature, du vent et de la forêt » car son « poème n’a pas de mot. Il a le son du tonnerre Et de son éclat sur la pierre. » Sur scène, elle s’adresse à des hommes libres qui tiennent debout dans le vent. Ses musiciens ont du talent, ceux de la musique et du partage, ces valeurs qui pilotent ce concert.

Elle leur donne tout, eux lui rendent un son singulier, c’est celui de l’amour. Ainsi, leurs voix et leurs notes s’associent dans une vague colorée qui traversent le chapiteau pour atteindre le public au cœur…

Emily Loizeau est multiple, car dans la vie elle aime prendre le temps du dialogue avec les gens. « Ça me nourrit… » Pour elle, la Chartreuse est un endroit rêvé, car « j’ai toujours aimé marcher…Le calme, la sérénité sont mes valeurs préférées, pour créer. »
Saint Pierre de Chartreuse est la dernière étape de sa tournée car elle va enfanter dans quelques mois… « c’est aussi une belle sensation qui m’attend ».


Claude Muller

@journaliste et écrivain
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Les Rencontres Brel montent dans des Tit’ Nacels


Sur la scène, il y a des conteurs ? Des chanteurs ? Je crois qu’il y a surtout des saltimbanques aux multiples bonheurs. Pourvu que l’on soit heureux dans leurs Tit’ Nacels.


Mercredi soir, le duo de choc formé par Axel et Sophie a joué de son talent pour conquérir son public à pas de loup… Avec leurs multiples instruments et leurs objets tous plus zarbis les uns que les autres, ces deux complices nous ont emportés dans leurs délires aux allures de bazar déjanté. Ils osent tout, car dans leur monde imaginaire tout est fait de bric et de broc et surtout d’auto dérision. C’est pour mieux vous charmer, mon cher public…
Mais, c’est quand ils nous ont donné une interprétation toute personnelle du titre de Jacques Brel qu’ils ont vraiment gagné le cœur des spectateurs… « Je veux que l’on rit que l’on danse, que l’on s’amuse comme des fous… » Et les Tit’ Nacels de rebondir sur scène avec Même pas mal. Ça tombe à pic car une standing ovation attend ce duo de fou…qui nous aura « jusqu’au trognon », comme dit le titre de leur dernière chanson.

Claude Muller

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Avec Miss white and the drunken piano, le rêve reprend ses droits en Chartreuse

Lorsque Miss white and the drunken piano ouvre les 26ème Rencontres Brel l’émotion est palpable sous le chapiteau. Le public, presque hésitant commence a se masser devant la scène …quelques notes …quelques pas …et les trois artistes donnent tout …voilà …ça y est …la magie du festival est là. Chacun peut la ressentir, l’applaudir, la chanter, la danser. Tous sont heureux. Le rêve reprend ses droits.

Il faut vous dire que c’est un moment très particulier pour Miss white, car à la ville cette artiste porte le magnifique nom de Marieke. « Marieke je t’aimais tant, Entre les tours de Bruges et Gand », chantait Jacques Brel. Affectueusement, à l’heure des interviews, elle raconte qu’il est comme son « tonton » de scène, elle a tout appris de ce « grand monsieur », les mots, les paroles, les notes, la musique, le rythme et surtout, surtout…la poésie.


Sur les planches, tantôt sensible, tantôt explosive, elle chante avec ses tripes pour rendre à son public tout l’amour qu’il lui donne. Ce soir, l’échange fonctionne à merveille.

« La scène, c’est notre univers » racontent David et Martin, ses deux acolytes qui créent tous les soirs, avec elle, le magnifique voyage de Miss white and the drunken piano.

Tel le « Bateau ivre » » d’Arthur Rimbaud :
« Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir ! »


La poésie, c’est leur raison de vivre. C’est normal, car c’est Jacques Brel qui leur a appris.

Claude Muller

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Rencontres Brel 2013 – Le sourire de J-1

Cette année encore, j’ai le plaisir de pouvoir suivre les Rencontres Brel. J’espère, avec mes reportages quotidiens, vous en donner le goût au point de vous inciter à venir me rejoindre. Vous pourrez assister à un concert sous cet immense chapiteau planté au cœur de Saint Pierre de Chartreuse.

En cette veille de festival, ce qui me frappe d’emblée c’est l’immense sérénité qui règne dans les équipes chargées du montage et de la mise en place des infrastructures de ce festival. Tous sont bénévoles. C’est à des « détails » comme cela que l’on mesure l’importance de ces Rencontres pour ce pays de Chartreuse. C’est ce qui fait que ce festival est unique. Imaginez, 250 bénévoles, répartis en 26 commissions ! Elles prennent tout en charge, la programmation, l’accueil des artistes, la logistique, la décoration du site, l’électricité, la sécurité, l’affichage, la billetterie, le catering, l’ecofestival… « C’est une véritable communauté de vie » qui se forme durant la semaine du festival. « J’espère que vous allez vous éclater » leur lance Guy Becle-Berland, le président de l’association Éphémère qui chapeaute ce festival.
Ce soir, tous sont réunis sur le site. Chaque responsable de commission fait passer les dernières consignes. Le ton est sérieux, respectueux et amical. Chacun prend la mesure de sa chance et…de sa responsabilité. Mais au delà des tâches indispensable à l’organisation de cet écofestival à la montagne, tous rappellent que l’objectif principal de ces Rencontres c’est d’apporter animation et culture en Chartreuse. C’est pour cela que la marque de ce festival, c’est le sourire. Il montre la joie d’accueillir les festivaliers en nombre en ces contrées escarpées.

Claude Muller

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PS : au dernier pointage 5300 places des 9000 places ont été réservées. Au dire de la billetterie, c’est très encouragent…

Demain, mardi 16/07/2013, c’est
Miss white and the drunken piano
, qui aura l’honneur d’ouvrir les 26èmes Rencontres Brel. Ce sont trois artistes surdoués de la musique. Je les avais rencontré au Contoir de Montalieu.

Les Rencontres Brel 2013 et les faiseurs de rêves

Si je vous dis que Jacques Brel a écrit sa célèbre chanson, Le plat pays, à Saint Pierre de Chartreuse, vous allez éclater de rire et me dire que je suis devenu fou. Peut être ? Je ne sais pas si le Grand Jacques a écrit ce succès là haut, mais ce que je sais c’est qu’il se pourrait que ce soit vrai. Pour vous en convaincre, je vous invite à écouter la petite histoire de Guy Becle-Berland et vous changerez peut être d’avis. Je vous reprends après.
Nous sommes en hiver 1972-73. Guy Becle-Berland est pisteur dans la station des Egaux à Saint Hugues de Chartreuse. C’est la tempête de neige sur le massif et les vacanciers arrivent le lendemain. La grande station, celle de Saint Pierre de Chartreuse, appelle Guy à la rescousse. Elle a besoin de lui pour ouvrir des pistes. Il prend sa nouvelle dameuse motorisée et va faire les traces. Elle ressemblait plus à un tracteur équipé de roues jumelées, qu’à nos rack-track d’aujourd’hui.
En pleine nuit, Guy fait 4 km sur les routes enneigées avec son engin et commence à monter les pentes du domaine skiable de la Scia. A mi-hauteur, un pneu de son engin éclate, « il avait trop frotté ! » Dans la tempête, Guy se met à l’abri du vent au pied d’un châlet. « Il devait être 2 ou 3 heures du matin ».
C’est alors qu’une voix chaude lui propose un café. Il entre et reconnaît immédiatement Jacques Brel. « A 20 ans, quand j’entendais « Ne me quitte pas » à la radio, je coupais le son ». Cette nuit là, Guy a découvert un tout autre personnage. « J’avais l’image d’un chanteur en haut de l’affiche. J’avais tout faux. »
Au contraire, Jacques Brel s’intéresse à lui, à son métier de pisteur. Ils se souviennent ensemble du père de Guy lorsqu’il construisait le toit de ce châlet. Jacques Brel lui dit cette nuit là, « votre père, c’est plus qu’un charpentier, c’est un sculpteur ». Il avait observé ses mains et racontait : « Moi qui suis un faiseur de rêve, j’ai une grande admiration pour les travailleurs manuels ». Cette idée a été le déclic.

La culture a changé la vie de Guy. L’association Ephémère était née. Et 15 ans plus tard, en 1988, elle a organisé les Rencontres Brel. Ce qui ne devait être que l’hommage d’un pays à un célèbre touriste de passage dans la vie d’un village, a reçu un tel succès que depuis plus de 25 ans, Saint Pierre de Chartreuse remonte tous les étés son chapiteau. Depuis, les Rencontres Brel rassemblent tous les artistes qui comptent dans la nouvelle scène de la chanson française.
Si je vous dis maintenant que c’est grâce à cette tempête de décembre 1972 que les carrières de Jacques Higelin, Zazi, Vincent Delerm, Cali, Sanseverino, Hugues Aufray, Jeanne Cherhal, Emily Loizeau, Adamo, Juliette Gréco,…sont passées par Saint Pierre de Chartreuse, vous me croyez ?
Alors, c’est qu’il se passe quelque chose en montagne. Peut être que l’on crée mieux là haut ?

 

Ce qui est sûr, c’est que l’on parle beaucoup mieux d’un pays, à fortiori d’un plat pays, lorsqu’on en est éloigné et qu’il vous manque. Ce qui est certain aussi, c’est qu’en prenant de la hauteur, on acquiert une certaine distance avec les tracas du quotidien, ce qui permet cette belle liberté de ton, et puis peut être bien qu’en se plaçant au dessus de la mer de nuages qui baigne nos vallées, on peut rêver d’un monde meilleur. J’en vois parmi vous qui me racontent que quand ils marchent et suent dans un raidillon en montagne, une certaine sérénité se dégage de leur pensées. Ils en sortent comme rassérénés. J’en vois d’autres qui me rappellent la dimension spirituelle de « là-haut ». Ce n’est pas pour rien que nos ancêtres ont construit des clochers toujours plus haut.
« Jacques Brel est devenu le parrain de cœur de tous les artistes qui jouent là haut » raconte Guy. Depuis, la culture guide ses pas. « Tous les jours, elle enrichit ma vie au milieu de ce terroir d’exception ».

Je suis sûr que le miracle se reproduira encore cette année avec la belle programmation de l’opus 2013 des Rencontres Brel.

Claude Muller

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Musique dans le Grésivaudan, un cadeau

 Ce festival, c’est un « véritable cadeau » ! Ce sont les mots d’une spectatrice du concert de Musique dans le Grésivaudan à Montbonnot. Que rajouter de plus ? Vous dire que tout au long de ces deux semaines , les salles de concert et les églises étaient pleines, que la musique était belle et que la joie se lisait sur le visages de très nombreux spectateurs ? Oui, c’est important de vous le conter, car lorsque le succès est au rendez-vous cela fait chaud au cœur d’aller à sa rencontre.
Pour cela, j’ai décidé de vous narrer mes petits bonheurs.
Le premier est le spectacle vivant. Voir jouer des artistes sur scène en « direct live », comme on dit, est toujours pour moi, et pour vous je l’espère, un véritable enchantement. Quand c’est un(e) pianiste, un(e) violoniste ou un(e) violoncelliste, il est fascinant de voir les gestes, les danses qu’effectuent ces virtuoses pour nous partager leurs passions. Mais quand c’est une cantatrice, je vous avoue que je tombe sous le charme. Le son, la musique sont les grands bonheurs que j’ai rencontrés durant ce festival, mais c’est le chant qui m’a définitivement conquis. Les québécois ont une expression pour dire ce sentiment, « Je suis tombé en amour ».
Avant de succomber totalement, je vous donne en partage mes reportages.
Je vous ai déjà raconté mon émotion lors de la soirée d’ouverture de ce festival dans la salle Vauban du Fort Barraux.
Le second concert est ancré dans ma mémoire. La petite église de Lumbin, tel un écrin, accueillait Laure Colladant avec son piano-forte et la cantatrice Amaya Dominguez avec sa voix chaude et sensuelle. Les deux se sont entendues à merveille pour nous faire vibrer sur les notes de Schubert, Chopin et Schumann. Laure Colladant a su mettre sa musique au diapason de la voix d’Amaya Dominguez et la cantatrice à su mettre en valeur les fabuleux sons du piano-forte. Amaya en chantant de tout son cœur et son corps m’a comme transcendé. Le jeu intime, le touché subtil de Laure m’a ému aux larmes. L’ensemble m’a bouleversé.

Vendredi, en l’église de Crolles, le duo piano violoncelle, Anastasia Terenkova, Georgi Anichenko m’a impressionné par sa maîtrise technique. De ce concert, j’ai surtout retenu la fougue, que dis-je l’impétuosité que ce jeune violoncelliste a mis dans son interprétation de l’œuvre poétique de Gaspar Cassado.

Seul, un grand du piano peut se le permettre. Jean-Claude Pennetier est de ceux là. Pour nous, en l’église de Bernin, il a imaginé un dialogue musical entre les préludes de Fauré et de Chopin. L’un se répondant à l’autre…au point que je n’étais plus capable de discerner les œuvres entre elles. J’avoue que ce diadoque imaginaire m’a plutôt séduit.

Dire qu’ils ne se connaissaient pas avant ! Fédor Roudine au violon et Fréderic Vaysse Knitter au piano ont affiché une telle connivence sur la scène de l’église de Montbonnot que c’est à peine croyable. Chacun de rivaliser avec l’autre pour sortir de nouvelles sonorités de leurs instruments si bien que parfois j’avais l’impression d’écouter un orchestre symphonique.

Au programme, il y avait Brahms, Bach et Beethoven. Pour ma part, dans ce concert, je n’ai entendu que des odes à la joie.

On ne pouvait pas mieux clore la saison de Musique dans le Grésivaudan.

Claude Muller

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Musique dans le Grésivaudan, le Festival de tous les talents

« C’est un petit festival« , nous dit sa présidente Brigitte Marin-Labossière, « mais de grande renommée, car ici nous aimons que musique rime avec qualité », rajoute la pianiste Laure Colladant. Effectivement, à l’écoute de la soirée d’ouverture de l’opus 2013, le public semble ravi de l’aventure. Au programme, le quatuor à cordes Hermès. Quatre jeunes interprètes montent sur scène. Visiblement, ils ont hâte de partager leurs émotions avec les spectateurs. La musique de Beethoven, qui ouvre la soirée, leur en donne une belle opportunité. Les quatre virtuoses font du premier mouvement l’Op N°1 en Fa majeur, une balade pleine de surprise, de reprise, de mouvement, de joie et d’aventures. Les instruments se répondent avec bonheur et les notes s’envolent avec allégresse. Dans le second mouvement, plus poignant, les quatre interprètes nous montrent leur sensibilité à fleur de peau. Et dans les deux derniers mouvements, leurs émotions se lâchent. Elles éclairent la salle Vauban du Fort Barraux de toutes leurs lumières.
« La musique de Schubert nous va bien », nous raconte le jeune violoniste à la pause. Effectivement, le quatuor l’empoigne avec fougue pour nous offrir une mélodie pleine d’allégresse. Elle nous emporte à travers de magnifiques paysages champêtres comme seul ce compositeur en a le secret. L’alchimie des cordes nous éblouit, la poésie de l’instant nous transcende.
Car c’est cela un festival, la proximité des artistes, le contact avec la musique, le bonheur de la rencontre. « Dans ce festival de musique de chambre, il y a autant à voir qu’à entendre », nous  raconte un jeune spectateur. J’ai envie de rajouter, car c’est un festival qui conjugue tous les talents. Celui du respect de la musique, celui du choix des interprètes, celui du temps, celui de l’authenticité et le plus important, celui du partage.

Claude Muller

@journaliste et écrivain
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