Kanikuly, Vacances en Russie

Kanikuly, Vacances en RussieEn abordant ce spectacle préparez-vous à voguer sur un bateau de papier, tant il vous fera voyager loin de vos certitudes en acier trempé. Pourtant tout commence bien. Nous sommes dans un bureau, il pleut, un personnage ferme son parapluie, tout semble normal et bizarre à la fois…c’est alors que le chef entre en piste…tous deux se lancent dans un ballet de portes pour essayer de se croiser tout en s’évitant, à moins qu’ils ne s’évitent tout en se croisant… C’est lorsque le troisième personnage monte sur le pont que tout part en vrille. Pourtant, ils semblaient heureux jusqu’ici. Mais, ils doivent partir en vacances demain.
Kanikuly, les trois clownsTrès rapidement, plus personne ne sait plus si c’est le bureau qui part à la mer ou la mer qui prend le train. Une seule certitude, c’est le pire du pire. Le chef mime le chef et plus personne n’ose bouger tant la mer se démonte et le bureau plane.
Cyril Griot a inventé cette pièce pour trois clowns entre deux voyages de la Russie à ici…ou ailleurs peu importe.. « L’important, c’est le chemin ». Ce spectacle est né de la rencontre entre deux cultures. Après tout, la parole, le son, le charabia, le « gromello » du clown est universel. Il se glisse entre les intervalles pour s’échapper ailleurs. Pas besoin de comprendre les mots pour rire. Mais personne n’est dupe, il y a de l’amour dans le langage du clown. Et on a tous besoin de son humour, surtout par les temps qui courent.
Les trois clowns de Kanikuly

« Ce spectacle est né de l’impro », il faut dire que Cyril Griot a fréquenté un duo…de bonne école.

Il y a d’abord celle de la bohème, de l’itinérance, des clowns jouant chaque soir sous un chapiteau posé sur une place de village différente.

Il y a ensuite celle que Nika Kosenkova lui a montré en le baladant à travers la Russie. « J’ai adoré ce pays. Les gens y sont sincères, riches, entiers, francs… Nika m’a fait découvrir la fameuse école de clown-mimes du Licedeï à Saint-Pétersbourg. Ils y créent des comédies grotesques sans paroles. »
Kanikuly, sur la plage
Ce spectacle est né en vacances à la croisée de ces deux écoles.

Pourquoi en vacances ?
« Surtout en vacances, » répond Cyril, « car il n’a échappé à personne qu’elles sont russes ». Kanikuly vient de la canicule provoquée par la Constellation du chien. C’est elle qui tous les six mois s’ouvre ou se ferme pour laisser passer…ou pas les rayons du soleil. Vous me suivez ? Non, alors évadez-vous ! Je vous emmène en un pays ou règnent le répit, le repos, le repas ou le repu, à vous de choisir, pourvu qu’il y ait le rire.

Claude Muller

 

Amazirh – Une année berbère

Dès le premier plan, ce documentaire plante son décor. Sur une terre ocre, pentue et caillouteuse, une femme, son enfant sur le dos, suit son mulet le long d’un chemin abrupt. Elle traverse un ruisseau à gué. Une musique joyeuse, violoneuse et un rien lancinante l’accompagne dans son périple. Un plan situe la vallée d’Aït Bou Oulli dans le Haut Atlas Marocain.
Et nous retrouvons Latifa dans sa demeure en clair obscur, assise sur un coussin, posé contre un mur peint à la chaux. Elle nous salue, « Labesse » (bonjour en berbère) et poursuit la tête haute, »tout va bien, j’habite le village d’Agarth. Grâce à dieu, ici on a tout ce qu’on veut…on a tout et on a rien. » Le principal est dit, la dureté et la richesse de ces vallées, la simplicité et beauté de ces paysages, le vertige et la couleur de ces montagnes, la fierté et la générosité de ce peuple berbère. Il habite ce pays depuis des siècles et des siècles.
Ce film poursuit son chemin jusqu’à pénétrer à l’intérieur des vastes maisons de terre pour brosser une série de portraits. Ils nous éclairent chacun à leur tour de leur vision sur cette contrée aux multiples visages. C’est Hassan Aït Benkoum qui nous guide dans les chemins de terre menant vers ces hautes vallées. Ce paysan qui vit au rythme des saisons nous raconte la répartition traditionnelle des responsabilités au sein de cette communauté, tandis que sa cousine quitte quelques instants son métier à tisser pour nous offrir le thé.
Lorsque nous nous rendons chez Hassan Baraouz, l’environnement de ces vallées s’éclaire tout à coup. « Comme partout au Maroc et dans le monde, ici on a le souci de l’eau potable et le souci de l’eau d’irrigation ». La déforestation est aussi un gros problème. Hassan ne voit qu’une issue à toutes ces difficultés, l’éducation. C’est avec le monde associatif qu’il y travaille quotidiennement.
Le film suit ensuite les multiples pistes traditionnelles et culturelles de cette contrée. Avec Bouchara, nous partageons la vie d’une jeune institutrice. Le jeune Ezoubair nous fait entrer de plein fouet dans sa vie familiale, on assiste à son mariage avec Aïcha, une jeune femme de son village. Puis il nous partage ses espoirs en un monde meilleur. Hassan Aït Ben Koum  nous raconte les difficultés de ses fils pour trouver du travail. Puis Hassan Baraouz évoque l’avenir de son peuple. « Il faut que chacun ait une motivation à créer son propre emploi ». Il voit son avenir dans le développement du Tourisme et de l’artisanat. Lors de mon précèdent voyage dans cette vallée, j’avais rapporté ce reportage sur le tourisme solidaire, il reste plus que jamais d’actualité.
Elise et Louis-Marie Blanchard, les réalisateurs de « Amazirh, Une année berbère », laisse Latifa conclure ce documentaire inspiré, « ce pays est apparemment dur, mais il recèle tellement de richesses qu’il en devient doux au premier regard ».

 

Claude Muller