La formidable leçon de photographie de Robert Doisneau au Convent Sainte-Cécile à Grenoble

On peut regarder cette exposition sur « La Mer » avec le regard d’un simple spectateur mais je vous invite à la regarder d’un autre œil. Sachant que la photo est l’art de « mettre en boite » la réalité à l’intérieur d’un cadre rectangulaire (24 X 36 ou 6 X 9), on comprend facilement que cette technique crée un champ à l’intérieur de la photo et un hors champ. La plupart de nos images modernes se contentent de montrer un personnage, un paysage ou un décor en le plaçant au centre de la photo, dans le champ. Robert Doisneau lui, fait constamment dialoguer le champ et le hors-champ dans ses images et c’est là son génie. Regardez bien l’affiche de cette expo, les deux personnages regardent fixement quelque chose situé en contre bas de l’image dont on imagine que c’est la mer. Mais rien ne nous dit que c’est vrai, si ce n’est des pistes qu’il nous donne : le ponton, les maillots de bains, les reflets de l’eau… Montrer sans montrer, suggérer, évoquer est l’art de Doisneau pour nourrir notre imagination.
Regardez sa photo de l’Hôtel de Paris à Monte-Carlo : elle nous montre une mer calme qui prend les ¾ de l’image et une femme au balcon regardant au loin tout en faisant un « coucou » de la main. D’aucun dirait que cette photo est ratée car le sujet principal est très net mais complètement décentré et la mer est floue. Et pourtant, cette image ne nous invite-t-elle pas au voyage ?

Autre exemple : lorsque Doisneau part en reportage sur un bateau de pêche à Saint Jean-de-Luz en 1952, il nous rapporte un cliché de trois personnages debout, vus de dos, pieds nus, jambes écartées, bérets vissés sur la tête. On pourrait aussi penser que c’est une image ratée ! Et pourtant, chacun en conviendra, c’est un chef d’œuvre. Des détails, (un hauban, les nervures du carénage) nous montrent qu’ils sont sur un bateau. Un harpon en bois nous indique qu’ils se préparent à pêcher. Leurs positions et le regard du personnage central, nous montrent leur détermination. Avec ses seuls éléments, nous comprenons que cette partie de pêche au thon sera un rude combat.
Un dernier exemple de l’art de Doisneau : le portrait de Blaise Cendrars devant la mer. En observant ce cliché et le regard malicieux du modèle, on devine la grande connivence entre le photographe et le poète. Cette image suffit à nous brosser le portrait de ce personnage hors du commun. Cette fois ce n’est pas dans le hors-champ qu’il faut chercher le sens profond de cette photo mais dans les détails qu’il faut regarder. Pour mieux comprendre l’ironie que ses deux compères ont mis dans ce portrait, il faut zoomer sur la mer et observer les bateaux. Vous verrez que ce ne sont pas de simples chaloupes, ni même des voiliers ou des yachts, ce sont des navires de guerre ! Robert Doisneau a réalisé le portrait de Blaise Cendrars dans la rade de Villefranche-sur-Mer, juste à l’emplacement où la marine nationale aime à se faire photographier. Quel magnifique clin d’œil pour l’auteur Suisse de
« Moravagine », « Bourlinguer », ou du long et magnifique poème « Le Transsibérien ». L’écrivain cache « mal » son bras coupé à la guerre en 1915 pour que l’illusion soit totale…
Je vous invite à visiter cette exposition au Convent Sainte-Cécile à Grenoble pour découvrir le talent que Robert Doisneau, cet artiste-photographe, a mis dans ses œuvres. Vous découvrirez sûrement dans tous ces clichés des sens cachés que vous seul verrez… comme lorsque vous regardez une œuvre d’Art Moderne.

Claude Muller

Un Monde de Chevaux

En ouvrant le grand livre de Bob Langrish, Un MONDE de CHEVAUX, paru aux Éditions Glénat, j’ai immédiatement retrouvé mon univers d’adolescent, amoureux des chevaux. Ses magnifiques photos m’ont donné à rêver de grands espaces, de liberté, de couleurs chatoyantes et de complicité avec cet animal si attachant. Les chevaux sont les vedettes, que dis-je, les stars de cet ouvrage. Tous sont en liberté et photographiés dans leur univers. Tous sont mis en valeur par leur pelage, leur crinière ou leur robe. En un mot, tous sont majestueux.
Bob Langrish a su capter leurs âmes à travers leurs regards, leurs mouvements ou leurs courses au sein de leurs espaces naturels…
La force de ces images tient aussi aux magnifiques paysages dans lesquels ces équidés évoluent librement. Que ce soit dans une prairie anglaise, un désert de sable, un champ de fleurs, sur une montagne escarpée ou au bord d’un océan lointain, on sent, à travers ces images, tout l’amour du photographe pour ces animaux de prédilection. Il a couru le monde pour aller à leur rencontre.

J’en ai compté plus de trois cents dans cet ouvrage. C’est leur différence qui a aiguisé ma curiosité. Mais c’est naturellement que nous faisons connaissance avec chacun d’entre eux grâce à la légende illustrant chaque image. La plume de Jane Holderness-Roddam nous donne leurs caractéristiques physiques, leurs provenances mais aussi leurs personnalités parfois si différentes. Elle nous raconte surtout de très nombreuses anecdotes de prises de vues, qu’elles soient périlleuses ou cocasses, elles sont toujours charmantes. Si bien que tous ces chevaux deviennent familiers.
En refermant ce livre, chacun pourra se dire qu’il a trouvé entre ses pages de nombreux nouveaux amis.
Claude Muller

Venise sur les pas de Casanova

Avec sa fabuleuse exposition « Venise sur les pas de Casanova », Jacques Glénat nous prouve, s’il en était encore besoin, que la bande dessinée a gagné ses galons de 9ème art.

Dans le magnifique couvent Sainte-Cécile, siège de sa fondation, il a accroché presque côte à côte, une collection de peintures italiennes de Venise au XVIIIème siècle et les œuvres de huit célèbres dessinateurs de BD.

Le voyage est impressionnant.

Trois siècles d’images en un seul regard. Les tableaux et les BD se racontent et se répondent en éclairant la « Sérénissime » d’un jour nouveau.

Pour pimenter ce voyage pictural, Jacques Glénat a invité ces huit artistes à se lancer sur les traces du célèbre aventurier vénitien Giacomo Casanova. Chacun à sa manière. François Avril, Griffo, Miles Hyman, Kim Jung Gi, Tanino Liberatore, Loustral, Mino Manara et Zep ont découvert la face cachée de cette cité aux mille visages.

En se lançant, souvent à l’aube, dans ses ruelles ténébreuses, sous ses canaux obscurs, dans ses palais mystérieux, ils nous font partager leurs regards parfois facétieux, quelquefois lubriques mais toujours curieux sur cette lagune mythique. Il faut dire que leur guide, l’intrigant libertin Casanova les y aide bien. Cet aventurier qui fut tour à tour diplomate, violoniste, espion, bibliothécaire et écrivain est surtout reconnu comme un sacré séducteur.

« J’ai aimé les femmes à la folie, mais je leur ai toujours préféré ma liberté ».

 

Je vous invite à partir à la rencontre de ces images de la cité des Doges. Elles vous permettront de renouer avec le fil magique de la grâce.
Claude Muller

Musique dans le Grésivaudan, un festival précieux

Nous avons peu d’occasion dans notre belle vallée d’écouter un concert de musique dite « classique ». Pourtant, chaque année depuis 26 ans, c’est un véritable bonheur que de retrouver le festival de « Musique dans le Grésivaudan ». Avec ses airs doux et tendres, il marque toujours l’arrivée des beaux jours. Cette année, du 28 juin au 6 juillet et plus que jamais il mérite que l’on s’y arrête car son programme est de belle facture. Jugez-en plutôt ici Voir, écouter un concert de musique de chambre dans une salle de spectacle, une église ou un espace scénique est une expérience que je vous conseille de vivre. Je suis certain que l’émotion sera au rendez-vous et que vous en sortirez ravis. C’est d’abord le spectacle qui vous impressionnera. Observer un artiste jouer du violon, du piano ou de la clarinette est une aventure étonnante tant elle vous procure de plaisir intérieur.
Dès que vous serez entré dans ce spectacle et que vos yeux en seront émerveillés, votre oreille sera à son tour attirée par les mélodies. C’est là que la magie opérera. Votre rêve pourra commencer. Il vous emportera dans des pays imaginaires que vous seul connaissez. Mais, pour vivre ces moments forts de partage, il faut oser suivre ce chemin artistique et vaincre ses a priori sur la musique classique. Osez faire le premier pas, vous en reviendrez transformé.
Ce festival vous en donne l’opportunité, ne la ratez pas, ça serait dommage…
Claude Muller

« Reconnaissance » de Pierre Péju

IncognitoCet ouvrage m’a tout d’abord conforté dans la certitude que c’est dans les fictions que l’on trouve, non pas la vérité (elle est si ténue !), mais sa vérité. Et c’est ainsi que j’ai compris le nouveau livre de Pierre Péju. Il porte bien son nom : reconnaissance« Reconnaissance ». Il faut prendre ce mot au sens premier, connaître à nouveau. Car oui, avec cette œuvre, nous allons devoir porter un regard neuf sur son auteur. Il nous offre, avec cet ouvrage, un objet non identifié, un OVNI. Il ne s’agit pas d’un roman, pas d’un recueil de nouvelles, pas d’un livre de contes, pas d’une bibliographie, pas d’un récit, pas d’une fiction… ce livre, c’est un peu tout cela à la fois, mais c’est encore plus…plus fort, plus présent, plus intime, plus secret…c’est une œuvre très personnelle, donc inclassable. C’est souvent à cela que l’on reconnaît les grandes œuvres. J’ai lu ce livre comme on déguste une boite de chocolats à Noël. J’en ai goûté ses mots un par un, savouré ses phrases tendrement, effleuré ses paragraphes délicatement, dégusté ses chapitres avec gourmandise, pour finalement aimer ses idées à en perdre la raison…
Pierre PéjuTout part d’une rencontre, une randonnée, un soir, dans un refuge, un mystérieux promeneur lui offre une pierre, le « Cristal du Temps ». A partir de là, des scènes étranges, banales, originales…de sa vie d’enfant, d’écrivain globe-trotter ou de simple promeneur, surgissent en sa mémoire.
Et Pierre nous les raconte, naturellement, comme il sait si bien le faire. Nous le suivons dans ses aventures, les yeux fermés, tant il connaît les mots pour nous les narrer, les partager et finalement nous les faire découvrir. Elles sont si simples et si familières qu’elles nous apparaissent naturelles, comme si elles étaient déjà en nous, comme des rêves, comme de vielles connaissances, comme des « Reconnaissances ».
Je vous offre, à mon tour, une phrase soufflée entre ses pages, comme une « reconnaissance » : « Raconte-moi ! Je rêve de silence et de grands espaces »
Claude Muller

Cristina Iglesias, un voyage dans la nature

Cristina Iglesias

Il est assez paradoxal de se rendre au musée pour aller observer la nature, c’est pourtant l’expérience que je vous invite à faire en allant voir l’exposition, « Sculpter la nature » de Cristina Iglesias, au musée de Grenoble. En flânant sur Pavillon suspendu« Entrelacs », « Passages » et autre « Pavillon suspendu », vous serez surpris par ses installations. Elles vous emporteront en des espaces irréels qui vous permettront d’imaginer la nature telle que vous ne l’avez jamais vue. Son monde est fascinant.

Entre miroirs et « Tempêtes silencieuses », vous ne pourrez que vous découvrir vous même au détour d’un labyrinthe. En tout cas, vous vous retrouverez comme enfoui et entrelacé par son monde féerique et ses liens multiples…

LabyrinthePour peu que vous vous laissiez aller à rêver, vous ne pourrez que vous sentir bien au milieu de ces espaces irréels. L’eau joue un rôle fondamental dans ses œuvres, elle est la naissance de la vie dans ses sculptures et deviendra au fil de votre visite la source de votre plaisir à découvrir son monde.

Ce chemin, son chemin, guidera vos pas entre rêve et réalité. Vous percevrez sûrement beaucoup d’autres signes, inscriptions, hiéroglyphes et autres marques du temps qui coule, au cours de votre visite. Je ne pense pas les avoir tous vu, tellement ils sont nombreux et surtout personnels. Ils parlent au creux de l’oreille de chacun et vous poussent à imaginer votre propre nature, c’est le magnifique exercice auquel cette artiste vous invite.

PassagesCette exposition sera pour vous comme un voyage à la rencontre de vos rêves les plus intimes. André Malraux disait que « l’art est le plus court chemin de l’homme à l’homme ». J’ai maintes fois pu découvrir, au gré de mes visites dans des musées et au fil de mes rencontres, combien la maxime de ce visionnaire s’imposait à tous comme une évidence.
Je pourrai maintenant ajouter, après la visite de cette expo, que les œuvres de Cristina Iglesias sont le plus court chemin entre l’homme et la nature.

Claude Muller

 

Concerts du chœur ARCANUM

Arcanum MagnificatLe chœur Méli-Meylan a changé de nom. Il se nomme désormais Arcanum, mais il est resté fidèle à son répertoire classique. Pour fêter cette mutation et offrir un moment exceptionnel à son public, il donnera deux grands concerts au printemps. Pour l’occasion, il s’est associé avec le Chœur des Universités de Grenoble, dont ce sera le 70ème anniversaire.
Au programme, des motets de Mendelssohn pour double chœur, des suites de Jean Sébastien Bach et le Magnificat de Bach. Ces œuvres seront interprétées sous la direction de la talentueuse cheffe de chœur Anne Laffilhe, assistée du non moins talentueux orchestre OrChiDée de Guillaume Vautier et de quatre merveilleux solistes.
Le premier de ces concerts prendra une signification toute particulière puisque ce sera la première œuvre donnée depuis bien longtemps en la Basilique du Sacré Cœur de Grenoble. En effet, elle rouvrira ses portes après plus de deux ans de gigantesques travaux. Le Magnificat emplira alors les voûtes de cet édifice orné de magnifiques vitraux créés par ARCABAS.
Le premier de ces concerts aura lieu le vendredi 29 avril à 20h30. Le second se déroulera le dimanche 1er mai à 18h en l’église St Bruno de Voiron.
Claude Muller