L’aventure de la Romanche, un patrimoine plein d’énergie en Oisans

La Romanche, cette vallée quelque peu austère est située entre Grenoble et le col du Lautaret. Elle possède, paradoxalement, une histoire extraordinaire grâce aux montagnards qui la peuplent et à l’eau qui court au fond de sa gorge. En empruntant sa route pour nous rendre dans les stations de sport d’hiver, dans le Queyras, la Vallouise ou à Névache, nous ne prenons absolument pas garde à sa richesse « cachée ». Sauf Anne Cayol-Gerin. Cette historienne y pose son baluchon en 2007 et depuis elle ne cesse de la parcourir pour découvrir son patrimoine.

Elle nous le fait partager dans un beau livre (Editions Glénat) plein de malices et de surprises. En sept tableaux, vous y découvrirez comment, tout au long de son histoire et dans une extraordinaire épopée, l’homme a dompté la force motrice de l’eau pour la transformer en énergie.

Le cours de la Romanche est canalisé, forcé, emmagasiné…puis libéré pour donner naissance à de nombreuses productions industrielles. Elles vont de l’hydroélectricité à l’électrométallurgie en passant par l’électrochimie et demain, avec le silicium, vers les nanotechnologies.


Pas un mètre de la force de cette rivière n’est perdu, si bien qu’aujourd’hui ses six centrales et ses cinq barrages vont être remplacés par un extraordinaire aménagement souterrain de dix kilomètres de long.
Tout le monde y gagnera. EDF qui turbinera plus d’énergie, le paysage de cette vallée qui sera embelli et sa population qui sera heureuse car elle reste très attachée à ce territoire de montagne.
Claude Muller

Même pas peur ?

Pourquoi faire l’Éloge de la peur ? (Paru aux Éditions Paulsen) Quel paradoxe ? Dans son livre Gérard Guerrier part à la rencontre des sportifs de l’extrême pour leur poser une question toute simple : Avez-vous peur ? La réponse est toujours oui…mais… C’est dans ce « mais » que se trouve la réponse à la question sous-jacente : pourquoi vous lancez-vous tous ces défis, si vous avez peur ? Vous nous dites tous que vous vous préparez consciencieusement, tant moralement que physiquement, à affronter le danger et que vous prenez le minimum de risque.  La solution appartient aux limites de chacun. Vous trouverez toutes leurs réactions dans ce livre, y compris des réponses très personnelles. C’est, je pense, tout l’intérêt de cet ouvrage.
Je crois aussi que j’ai trouvé ma motivation et peut être celle de Gérard Guerrier entre les lignes de ce livre. Quand il fait le parallèle entre l’écriture « extrême » et la pratique du sport « extrême », il parle d’instants de plaisir. Quand le stylo « écrit tout seul » l’intrigue de son roman et quand on grimpe en solitaire une face ardue, c’est le même plaisir. Je revoie la joie des personnages du polar d’Yves Ballu dans Mourir à Chamonix quand ils montent les Drus au rythme d’une musique de Bach. Je n’ai jamais escaladé une montagne, mais j’ai ressenti cette sensation de félicité en racontant une fiction, sortie de mon imagination. Et je sais que ressentir cette émotion intense est très « jouissif ». Elle demande en tout cas beaucoup de « sueur » à taper sur son clavier, avant d’arriver à la ressentir. C’est sûrement ce que recherche aussi l’auteur de ce livre. Lui connait le plaisir d’affronter le danger « extrême » et, en écrivant ses livres, Gérard Guerrier est constamment à la recherche de cette même sensation pour pouvoir la partager…pour notre plus grand plaisir.

Claude Muller

Autour du Mont-Blanc en Images

Carnet d’un peintre autour du Mont-Blanc

Qui n’a pas imaginé randonner autour du Mont Blanc pour le voir sous toutes ses faces ? Marie Paule Roc vous propose de réaliser ce rêve à sa manière, tout en images. Avec elle, vous découvrirez les somptueux paysages de son carnet de bord. Il est constitué de 64 aquarelles peintes tout en finesse.

Je vous avais déjà présenté son travail dans Peinture en Montagne, mais aujourd’hui, c’est un autre voyage auquel elle vous invite. Dans son nouvel album, vous partirez du Brévent pour vous rendre sur les rives du somptueux Lac Blanc. Depuis ce belvédère, vous observerez toute la chaine du Mont Blanc. En réalité, c’est un paysage inoubliable qui s’offrira à vous. Dans ces aquarelles, il devient fantastique. Puis, d’étapes en refuges, vous irez sur la mer de glace, face aux Drus, et là vous succomberez devant ce spectacle mythique.

Au fil des pages, lacs, montagnes, vallées, chalets, fleurs, marmottes… toutes ces images bucoliques vous émerveilleront par leur beauté magique. Vous franchirez les frontières Italiennes et Suisses sans frémir tant vous serez sous le charme de ces dessins mirifiques.  Son pinceau se fait léger quand il rencontre tantôt un épilobe, tantôt un lac de montagne.

Là, c’est une chapelle qui la séduit, elle s’anime, le village s’égaye. Ici le glacier brille et les sommets chantent.

Ils semblent tous se réjouir d’apparaitre sous la plume ensoleillée de cette artiste.

††Claude Muller

Gaspard de la Meije, un héros moderne

Le livre d’Isabelle Scheibli, Le roman de Gaspard de la Meije (Editions Glénat), nous brosse un portrait fleuri de la vallée du Vénéon et du village de Saint Christophe à la fin du 19ème siècle. Son auteure nous raconte avec les mots de ces montagnards, la vie dans cette vallée isolée par l’hiver. Gaspard, le chasseur de chamois est une force de la nature mais ce paysan peine à trouver sa place dans cette vie en quasi autarcie. C’est un homme digne, fier de sa montagne qu’il nomme Le Bec des Peignes. Je ne résiste pas à l’envie de publier quelques extraits de ce texte tant ses mots racontent à merveille ce rude pays : « Qu’il est beau cet Oisans…vu de haut. Il est une chose que Gaspard regarde plus qu’une autre. C’est tous ces chemins que les hommes ont tracés là en dessous, qui se tordent dans la montagne. Ça fait comme des fils qui courent le long des pentes immenses. C’est les traces de ceux d’en bas, de leurs cheminements, du labeur et de la peine qu’ils ont pris toute leur vie durant, comme des fourmis. Tout est dessiné sur ces versants, comme une grande écriture pleine de boucles, mais les traits sont si fins, si minces que Gaspard en a les larmes aux yeux. Car il voit bien comme ils sont petits à coté de cette montagne, et comme il est facile pour elle d’effacer tout ce travail qu’ils ont fait, agrippés contre son flanc. » Mais, il l’aime cette montagne, sa montagne, si bien que lorsque des chamoniards veulent la conquérir depuis La Grave, il se rebiffe. Ce n’est pas un étranger qui sera le premier à la dominer, même s’il s’appelle Henry Duhamel et qu’il est du Club Alpin Français. Alors, Gaspard s’obstine et cherche toutes les voies possibles pour grimper là-haut. Lorsque le jeune et sympathique Baron Emmanuel Boileau de Castelnau lui demande de lui servir de guide, il y voit le moyen d’accomplir son destin. Mais « la chose n’est pas aisée », comme il dit en observant La Meije depuis La Grave. Ici, « elle ne ressemble pas au Bec des Peignes, on a peine à croire que c’est son envers. Gaspard comprend pourquoi cette montagne qui est une seule et même, porte deux noms. C’est une cime brillante, belle comme une femme. Elle a quelque chose de précieux avec cette nappe de glaciers tout blancs qui l’entoure à la façon d’une robe. Elle éblouit, là-haut, sur le bleu du ciel, et Gaspard se laisse charmer par elle. La tête lui tourne un peu. Et il voit que cette face est féminine, tandis que l’autre côté est masculin. Là-bas, c’est une force sauvage qui se lance vers l’azur, sur le versant de la Bérarde. » Et Gaspard la vaincra cette rude montagne. Il y mettra toute sa force, utilisera toutes les ruses, prendra tous les risques, osera toutes les facéties, imaginera toutes les techniques pour passer là où tous avaient renoncé. Il a été un précurseur de l’alpinisme moderne. C’est aussi en cela que Gaspard de la Meije est un héros. Ce livre va bien au-delà du portrait d’un homme exceptionnel, il peint par petites touches impressionnistes un tableau de ce paysage « divin ».
Claude Muller

Le café de Gérard Guerrier

J’ai découvert Gérard Guerrier avec son roman « L’opéra Alpin », (édition Transboréal) inspiré d’un périple « À pied de la Bavière à Bergame ». J’ai immédiatement été accroché par ce beau texte, tout simplement descriptif de cette aventure. J’ai pensé de cet auteur : « Il écrit bien ». J’ai lu sa biographie, elle est multiple et prestigieuse : enseignant à HEC, ingénieur, accompagnateur en montagne, dirigeant d’entreprise, journaliste, traducteur… Je l’ai rencontré, il est simplement passionnant. J’ai lu son deuxième roman « Alpini, De roc, de neige et de sang » (Édition Glénat), Gérard Guerrier nous y dévoile des talents d’historien, de conteur et aussi de poète. Ce qui m’a plu au point d’avoir envie de partager mes impressions avec les lecteurs de mon blog du Monde. Enfin, lorsque son troisième roman est paru, « Résister, vie et mort d’un maquis de montagne » (Édition Guérin/Paulsen), j’ai immédiatement eu envie de partager ma découverte avec vous sur mon blog et surtout lors d’un café littéraire. Restait à trouver une date, ce qui n’a pas été simple, tellement cet auteur se révèle être aussi un grand voyageur. Je suis heureux de pouvoir enfin vous présenter Gérard Guerrier. Vous allez immédiatement l’adopter et ses livres rejoindront votre table de chevet très prochainement.
Claude Muller

Résister, un livre de Gérard Guerrier

Bouquiner au coin du feu un des livres de Gérard Guerrier est toujours un véritable plaisir, tellement ils sont bien écrits. « Résister, vie et mort d’un maquis de montagne » paru aux Éditions Guérin-Paulsen, ne déroge pas à cette règle. Ce récit très documenté nous transporte dans la Résistance depuis Nice, le 8 septembre 1943, à la vallée de la Bléone, le 10 juillet 1944. Ne cherchez pas quelques exploits entre ces lignes. L’histoire des pérégrinations, sur les sentiers des Alpes méditerranéennes, de la famille Lippmann, n’est pas extraordinaire, au regard de la société française de l’époque. C’est l’histoire de Juifs, laïcs et républicains, parfaitement intégrés dans la société Niçoise. Ils ont « simplement » rejoint la Résistance pour fuir l’arrivée des Allemands. Au début, c’est une épopée presque romantique. Ils vivent au contact des habitants, ces montagnards du Haut Verdon et de l’Ubaye. Mais quand les Allemands s’attaquent à leurs maquis, l’histoire se complique. Gérard Guerrier nous narre cette aventure avec un double regard, celui de l’historien qui est parti à la recherche de cette mémoire enfouie et celui du poète qui nous emporte avec amour pour suivre les pérégrinations de ses héros dans ces superbes paysages montagnards. En définitive, ce que raconte ce récit est le destin de cette famille. Mais il est devenu presque banal, vu avec nos regards d’aujourd’hui. Leurs aventures, sur ces sentiers escarpés que Gérard Guerrier s’attache à nous raconter très fidèlement, sont à la fois extraordinaires et devenues au fil du temps presque communes. C’est, je crois, ce que cet auteur a voulu nous dire. Ces personnages sont des héros au sens où ils ont accomplis des gestes remarquables. Ils nous ont en quelque sorte « sauvés », en tout cas aidés à nous sortir des griffes des nazis. Mais, ce que cet auteur a voulu nous demander, ce que chacun se pose comme question quand il regarde cette époque : « Qu’aurais-je fais à leur place ? ». Je ne peux que répondre : « J’espère que j’aurais eu le courage de la famille Lippmann, Résister ». Et vous ?
Claude Muller
Lire ma chronique sur son précédent livre Alpini, de roc, de neige et de sang

Un polar à ski de Gérard Muller

Il faut posséder la fécondité de cet écrivain au long court pour imaginer un scenario aussi rocambolesque. Comme un de ses précédents romans policiers, son nouveau polar, « Sur la trace des skieurs disparus », est étonnant. Il faut bien connaître la haute vallée de la Tarentaise et ses «traditions» pour être capable de situer son action au beau milieu de ses cimes enneigées. Cet ouvrage se dévore comme une descente à ski, en godille évidemment. Il faut évoluer dans un milieu branché pour oser entraîner internet dans cette descente vertigineuse aux multiples rebonds. Cette aventure ne serait pas digne d’apparaître dans votre bibliothèque sans la dose d’érotisme dont Gérard Muller possède l’intime secret. Je vous mets en garde, vous ne devinerez jamais l’énigme de ce polar, il faudra le boire jusqu’à la lie pour vous libérer de l’empreinte démoniaque de ce nectar littéraire. Outre le secret de ses mots subtils, vous découvrirez entre ses lignes un extraordinaire voyage dans les stations mythiques de ce petit coin de paradis. Vous évoluerez sur les pentes les plus abruptes. Vous découvrirez d’immenses espaces vierges de toute trace humaine. Vous surferez sur cette culture aux multiples visages. Vous participerez à la construction de châteaux vertigineux… Mais après tout, n’est ce pas ce que nous espérons d’un livre ? Rêver, en nous emportant dans des espaces inconnus.
Claude Muller