La guerre oublié des Alpini

Alpini de Gérard Guerrier (paru aux Éditions Glénat) est un roman historique qui porte bien son sous titre : De roc, de neige et de sang. Il raconte la guerre impitoyable que se livrent les Italiens (les Alpini) et les Autrichiens alliés aux Hongrois entre 1915 et 1918. Nous découvrons avec ce récit des combats qui avaient pour cadre les magnifiques montagnes des Alpes Italiennes des massifs du Stelvio, de l’Ortler et de l’Adamello. Nous percevons avec cet auteur les atrocités des luttes, souvent au canon, parfois au corps à corps, à plus de 3000 mètres d’altitude dans des conditions souvent dantesques. Il nous rappelle aussi que l’art de monter de lourdes charges en traîneau tiré par des mulets, percer des tunnels dans les falaises, accrocher des tyroliennes aux parois, construire des refuges au pied des glaciers sont des inventions qui ont été imaginées par les militaires.
Mais Alpini ce n’est pas que cela. C’est aussi un roman Stendhalien. Son héros, Jean est un étudiant romantique amoureux d’Antida, une jeune bourgeoise de la société milanaise. Leur amour noué autour de la musique et des soirées mondaines résistera-t-il à la guerre lorsque le jeune ingénieur se transformera en sous-lieutenant des Alpini, l’équivalent de nos chasseurs alpins. Ce roman, c’est aussi un livre de montagne car son auteur, Gérard Guerrier, possède un don indéniable pour nous décrire les paysages d’altitude. Avec lui, nous découvrons les brèches, les terrasses, la flore, la faune, les sentes et les traces qu’offrent cette région des Alpes ignorée par la plupart des « Chamoniards ». (Je vous conseille aussi de vous plonger dans son précèdent roman « L’Opéra Alpin » (Éditions Transboréal 2015). L’artiste nous raconte entre bonheur et suspense sa randonnée « A pied de la Bavière à Bergame »). Mais je m’évade… revenons à Alpini et son jeune héros, car ce livre est aussi un roman d’aventure. Pour pimenter son histoire Jean retrouvera au milieu des crevasses ses amis d’enfance dans des camps et positions improbables. Imaginez les rapports entre tous ces hommes perdus dans une guerre qu’ils ne comprennent pas toujours et vous tiendrez le fil qui relie la chair et les mots de ce roman. Ce livre, c’est tout cela… et plus encore, c’est une histoire d’amour à lui seul, elle vous transportera sur le haut des cimes de vos propres aventures littéraires.
Claude Muller

Le Trésor de Chartreuse, une BD imaginaire

Je vous propose de partir à la recherche du « Trésor de Chartreuse » tout en visitant ce massif des Préalpes avec Meylie et Alex, les acteurs de cette BD de Julo et Zürcher, parue aux éditions Mosquito. Nos deux héros suivent la piste d’un mystérieux Trésor en compagnie de leur fidèle ange gardien, un magnifique hibou. Il les surveille depuis les airs…mais chut un vilain hacker les a repéré. Les aventures de nos deux ados les emmènent de sites remarquables en sommets escarpés, du Monastère de la Grande Chartreuse à la Dent de Crolles, du Grésivaudan au Plateau des Petites Roches en empruntant le funiculaire, de l’aire de décollage du Vol libre aux anciens sanatoriums… Un fermier de génie, la chance, des parapentistes, le hasard, leur sagacité vont les sortir des pattes des vilains malfrats qui les poursuivent. C’est pour nous l’occasion de les accompagner dans une aventure rocambolesque sur ces sentiers de moyenne montagne. Dans cette BD, ce sont ces voyages sur ces chemins de randonnées à travers ces paysages qui sont remarquables.
Nos deux jeunes héros évoluent dans ce décor naturel avec une telle aisance et une si grande agilité qu’ils nous donnent envie de les accompagner dans leurs découvertes. Les dessins sont à la fois précis et sympas. Les images sont drôles et fortes. Les dialogues entre ados savoureux. Cette BD nous emporte dans nos rêves d’enfants à la recherche de nos trésors perdus le long de nos balades impromptues… sur ces chemins pentus. Que du bonheur, comme dit la chanson…
Claude Muller

Secrets d’artiste

Les aquarelles de Marie-Paule Roc m’ont toujours impressionné. Elles sont si sensibles que je suis toujours aussi ému lorsque j’en rencontre une. Qu’elle ait peint des paysages de montagnes, des bouquets de fleurs, des villages, des personnages, des chalets, des arbres, des champs… peu importe, je suis toujours « troublé » par ses œuvres. Je ne sais pas pourquoi, car ses images paraissent si faciles ? Mais peut-être, est-ce cette simplicité qui m’émeut ? Dans toutes les images que je rencontre d’elle, il me semble que je découvre chaque fois les paysages qu’elle a peints, comme on découvre un nouveau né lorsqu’il sort du ventre de sa mère. C’est peut être cela la « touche » de cette artiste ? Elle donne à ses paysages un caractère frais, vierge, presque naïf, comme s’il venait de naître sous son pinceau. Je dois être un grand « enfant » car j’adore ses découvertes picturales. Si bien que lorsque j’ai vu qu’elle se proposait de nous donner ses « secrets » de peintre dans un livre (paru aux édition Glénat), je me suis précipité dessus. Cela à l’air si simple lorsqu’elle nous donne des conseils… Encore faut-il avoir sa sensibilité pour transmettre ainsi ses émotions. Peut être l’avez-vous ? Dans ce cas, je vous conseille d’essayer, car le résultat en vaudra certainement la peine !
Claude Muller

Gérard Muller fait couler « Du sang sur les spatules »

bandeauAh, Courchevel ! La station de ski la plus huppée du monde. Que de fantasmes sont associés à ce petit coin de paradis, situé au fin fond de la vallée de la Tarentaise, en Savoie. Luxe, calme et volupté règnent en maître en ce village féerique, baigné par le soleil d’hiver. Là-haut, les chalets d’alpage se transforment en résidence à cinq étoiles couvet la neige vierge en piste de danse immaculée. Sauf, quand il y a « Du sang sur les spatules« . C’est ce que nous révèle le dernier polar de Gérard Muller. Une soudaine épidémie de meurtres semble frapper les moniteurs de ce temple du ski. On en retrouve même un au milieu du couloir de la Saulire, la piste la plus emblématique de cet espace où tout n’est que glisse, surf et plaisir. Il n’y a pas que le sport qui règne en maître à Courchevel, le fric aussi. Et en ce domaine, les russes ne sont pas les derniers à jouer. Ils y ont leurs palaces, leurs déesses et leurs traditions. Le FSB, l’ex célèbre KGB, en fait fantasmer plus d’un et plus d’une. Les meurtres en série sont-ils liés à ce petit monde, là où sexe, mensonges et espionnage se rejoignent pour faire éclore rêves et cauchemars ? Gérard Muller semble le penser, tant il est à l’aise dans cet univers, comme s’il était tombé dedans quand il était petit. Il nous décrit aussi bien, les magnifiques domaines de cet eldorado du ski que les boites de nuit ou les donzelles slaves règnent en maîtresse couch-1femme, les palaces où tout est construit pour satisfaire la plénitude de nos sens, les chalets d’altitude où vivent les seigneurs de la montagne…et la vie des gendarmes et gendarmettes chargés d’élucider ces crimes. Ces « pandores » aussi sont tombés dedans quand ils étaient petits, mais pas du même côté ! Malgré tout, parmi eux, quelques-uns semblent plus doués que d’autres pour godiller sur ces pistes savonnées de neige…glissante. Un dernier cadavre sur la « Loze », cette piste mythique des skieurs de grand cru, va particulièrement exciter leur sagacité. Gérard Muller, de son écriture souple et directe, nous fait vivre cette aventure à toute vitesse. Vous lirez son polar, comme si vous dévaliez la « Vizelle » tout schuss. couch-4C’est peut être en bas de cette piste, la plus vertigineuse de Courchevel, que se trouve la solution de l’énigme, où bien peut-être ailleurs ? Ce monde du suspense semble impénétrable… En tout cas, avec ce polar, cet univers paraît excitant, au point d’en devenir exaltant.
Claude Muller

Les Lauzes de Jujols, un goût d’aventure

bandeau JujolsLes Lauzes de JujolsCe roman de Gérard Muller se lit d’un trait, tant il est savoureux. Il nous emmène sur les pentes du Canigou à la recherche d’un avenir possible dans un village abandonné au pied de cette montagne mythique. Ce roman vous emportera de surprise en surprise vers un dénouement étonnant. Mais ce n’est pas tant la trame de cette œuvre qui vous séduira, c’est son style. Son auteur nous promène sur les pentes de ses montagnes pyrénéennes de prédilection pour nous faire découvrir son amour de la vie. Visiblement, il veut nous faire partager ses découvertes avec fougue et entrain. C’est palpitant.

Chapelle JujolsIl nous dresse un portrait touchant de ses personnages pour nous emporter avec eux dans cette aventure aux multiples rebondissements. Vous vous attacherez très vite à son héros. Gilles est multiple, génial et pourtant si sensible qu’il vous séduira par son panache. Vous tomberez rapidement sous le charme de Roselyne. Elle passera sous vos yeux ébahis du statut de SDF à Perpignan pour devenir la reine du village. Vous suivrez le chemin de vie d’Hervé le charpentier. Il va se transformer au fil des pages pour passer de la fonction de Compagnon du devoir, au rôle de fidèle compagnon du village. Il y a Josiane qui l’air de rien va donner son âme à ce hameau …..

Jujols_ dessus du villageVous découvrirez aussi les magnifiques paysages de cette région, vous boirez l’eau de ses collines, vous marcherez sur ses chemins, vous mangerez dans ses auberges, vous dormirez sous les rayons de son soleil et vous partagerez le quotidien de ses aventuriers modestes sur leurs chemins de traverse.

Le Canigou depuis JujolsEnfin, il y a « Sa Majesté », le Mont Canigou. Il veillera sur vous et sur tout le petit monde rassemblé à Jujols. Vous l’avez compris, c’est un roman d’aventure que cet auteur vous propose. Mais pas seulement, c’est aussi un livre de réflexion sur la condition humaine, qui lorsqu’elle est confronté à des situations extraordinaires, peut faire des miracles.
Claude Muller

Grenoblicimes, vue d’en haut par DiVertiCimes

 

La nuit, vu des cimes, Grenoble et sa vallée ressemblent à une coulée de lave en fusion. Fort de cette magnifique métaphore, le collectif de photographes DiVertiCimes s’élève sur les hauteurs de Belledonne, Chartreuse, Vercors ou Dévoluy pour affûter leurs regards au fil des crêtes.
Avec leurs parapluies de toutes les couleurs, ces six photographes nous offrent la splendeur de la nature en partage.
Leurs images mettent en valeur des espaces imaginaires d’une beauté rare.
Pour trouver la bonne lumière, ils se lèvent tôt ou même bivouaquent et finissent par s’endormir sous les étoiles. Mais quelle récompense quand le ciel s’ouvre sur une nuée de braise, quand le bouquetin se lève, quand les vautours se pâment ou quand la lune les charme…
Là haut, les six comparses tirent leur force du collectif pour se mettre en scène, accrochés à la montagne ou suspendus dans le vide. Leurs images souvent spectaculaires donnent la mesure de leur engagement au service de la nature.
Et c’est là que, tout à coup, au loin, apparaît un skieur dans le cadre, juste pour donner une dimension à l’image. Le clocher d’un village perce la mer de nuage. Un alpage peint ses couleurs. Un arbre se noue. Une cascade s’égaie. Un marcheur se perd. Un troupeau s’ébroue. Un ciel s’illumine. Et c’est dans ces moments-là que la réalité devient abstraction et que l’image devient œuvre d’art.
Avoir les pieds sur terre et la tête dans les nuages, voilà la force de ces six photographes. Et c’est ainsi que chacun d’eux découvre son voyage intérieur et que son imagination s’éclaire pour devenir lumière.
On pense au marcheur invétéré que fut Jean Jacques Rousseau ou au conteur magnifique que fut Stendhal pour décrire leurs périples en quête de beauté sur leurs sentiers imaginaires.

Claude Muller