Amazirh – Une année berbère

Dès le premier plan, ce documentaire plante son décor. Sur une terre ocre, pentue et caillouteuse, une femme, son enfant sur le dos, suit son mulet le long d’un chemin abrupt. Elle traverse un ruisseau à gué. Une musique joyeuse, violoneuse et un rien lancinante l’accompagne dans son périple. Un plan situe la vallée d’Aït Bou Oulli dans le Haut Atlas Marocain.
Et nous retrouvons Latifa dans sa demeure en clair obscur, assise sur un coussin, posé contre un mur peint à la chaux. Elle nous salue, « Labesse » (bonjour en berbère) et poursuit la tête haute, »tout va bien, j’habite le village d’Agarth. Grâce à dieu, ici on a tout ce qu’on veut…on a tout et on a rien. » Le principal est dit, la dureté et la richesse de ces vallées, la simplicité et beauté de ces paysages, le vertige et la couleur de ces montagnes, la fierté et la générosité de ce peuple berbère. Il habite ce pays depuis des siècles et des siècles.
Ce film poursuit son chemin jusqu’à pénétrer à l’intérieur des vastes maisons de terre pour brosser une série de portraits. Ils nous éclairent chacun à leur tour de leur vision sur cette contrée aux multiples visages. C’est Hassan Aït Benkoum qui nous guide dans les chemins de terre menant vers ces hautes vallées. Ce paysan qui vit au rythme des saisons nous raconte la répartition traditionnelle des responsabilités au sein de cette communauté, tandis que sa cousine quitte quelques instants son métier à tisser pour nous offrir le thé.
Lorsque nous nous rendons chez Hassan Baraouz, l’environnement de ces vallées s’éclaire tout à coup. « Comme partout au Maroc et dans le monde, ici on a le souci de l’eau potable et le souci de l’eau d’irrigation ». La déforestation est aussi un gros problème. Hassan ne voit qu’une issue à toutes ces difficultés, l’éducation. C’est avec le monde associatif qu’il y travaille quotidiennement.
Le film suit ensuite les multiples pistes traditionnelles et culturelles de cette contrée. Avec Bouchara, nous partageons la vie d’une jeune institutrice. Le jeune Ezoubair nous fait entrer de plein fouet dans sa vie familiale, on assiste à son mariage avec Aïcha, une jeune femme de son village. Puis il nous partage ses espoirs en un monde meilleur. Hassan Aït Ben Koum  nous raconte les difficultés de ses fils pour trouver du travail. Puis Hassan Baraouz évoque l’avenir de son peuple. « Il faut que chacun ait une motivation à créer son propre emploi ». Il voit son avenir dans le développement du Tourisme et de l’artisanat. Lors de mon précèdent voyage dans cette vallée, j’avais rapporté ce reportage sur le tourisme solidaire, il reste plus que jamais d’actualité.
Elise et Louis-Marie Blanchard, les réalisateurs de « Amazirh, Une année berbère », laisse Latifa conclure ce documentaire inspiré, « ce pays est apparemment dur, mais il recèle tellement de richesses qu’il en devient doux au premier regard ».

 

Claude Muller

Un soleil rouge à l’hôpital


Aujourd’hui, il fait soleil dans le cœur des enfants, il paraît même qu’il est rouge.

Même pas vrai, ce sont juste des clowns avec un nez rouge. Mais qu’est ce qu’ils font dans un hôpital ?

 

– Ils rendent aux enfants ce que la maladie leur a volé !

– waouooooo…Alors, ils guérissent avec du rire ?

– Évidemment, et ça marche, je l’ai vu dans les yeux de Thomas, Arnaud, Grégoire et Virginie…

Trop fort ! Et ils viennent souvent soigner tes chérubins ici ?

– Ben oui, toute l’année. Les enfants qui souffrent, c’est tout le temps !


Tu vas me faire croire qu’ils ont bac + 7, comme des toubibs, tes saltimbanques ?


– Tu rigoles… mais ils sont formés et ce sont de vrais pros ! Ils respectent les contraintes de l’hôpital, l’hygiène, la propreté…et avant chaque intervention, ils se concertent avec le personnel soignant.


Je suis impressionné. Tu parles d’eux comme si c’était des chirurgiens ?


– C’est un peu vrai… mais des chirurgiens du rire.


Génial, ça fait longtemps qu’ils « opèrent » ici ?


– Non, juste 10 ans, c’est déjà énorme 10 ans ! D’ailleurs ils fêtent leur anniversaire en ce moment. Ils veulent le partager avec moi, toi, vous, les amis, les autres, les gens…tu veux venir ?


C’est où ?


– Le samedi 29 septembre, au Jardin de ville de Grenoble et le 6 octobre au Prisme de Seyssins. Tu trouveras tout sur leur site.

 

Et ils feront la farandole ?

– Bien sûr, ce sont avant tout des comédiens, ils aiment faire rire.


C’est toi qui rigoles…tes clowns, ce sont aussi des artistes du rire ?


– Demande-leur…Ils te diront que c’est leur juste place. Entre la maladie et les enfants, entre artiste et toubib ! Entre leurs yeux et ceux des enfants, juste pour rire !

Claude Muller
Photos Nathalie Granger-Pacaud
Retrouvez ses reportages sur son Facebook et son site internet.

Dialogue imaginaire surpris à l’entrée de l’hôpital, ce matin. Je l’ai écrit suite aux rencontres avec Sandrine Girard, la présidente de Soleil Rouge et Sylvie Daillot, comédienne.

 

Journal d’un jeune alpiniste

Vous vous rappelez de Pierre Larry Petrone, nous l’avions suivi jusqu’en Afghanistan et laissé aux portes de la Kapisa (3). Ce globe-trotter, tel un journaliste « embeded », partait en convoi avec une patrouille de l’armée française.


Lorsqu’il est revenu, Pierre Larry a emprunté d’autres chemins.
La montagne lui a permis de prendre du recul sur le reportage photographique des conflits armés.


Et il a choisi de nous confier cette aventure et bien d’autres dans un livre, Journal d’un jeune alpiniste,
A nos âmes qui se lient aux étoiles sans nombre, paru aux Éditions Alzieu. Il nous fait découvrir ses deux parcours. L’un sportif, l’autre humanitaire. Entre ses pages, vous y trouverez sa sensibilité. Elle lui a fait dédier son ouvrage à l’ami Paul Keller. Ce montagnard, pasteur et humaniste trace, dans sa préface, un portrait de Pierre Larry en « poète vagabond. Son journal de voyages est un journal intime qui parle avec tendresse de tout ce qu’il voit et de ceux qu’il rencontre. Par dessus tout, il aime la montagne et il aime les gens ».
Compter parmi ses amis est un privilège.
C’est pourquoi, Pierre Larry nous envoie une lettre depuis sa chambre. « J
e me laisse toujours envahir par cette mélancolie lorsque j’écris. Cette mélancolie des missions humanitaires, des visages souffrants que j’ai rencontrés, de la montagne, des cimes. Cette mélancolie qui me rappelle les souvenirs et les rêves, le désir et l’imaginaire, les tempêtes et les ciels plus bleus que bleus. Le vent souffle dehors. Ce vent qui fouette le visage des montagnards. Ce vent qui emporte les bruits et les odeurs, la sueur d’une face nord. Ce vent qui nous rend muet, silencieux, qui nous glace. Et l’on continue de cheminer sur des traces invisibles, qui nous conduisent vers l’autre bout de la solitude.
Dans cette solitude, il nous reste surtout, la lumière de nos regards, qui brille si clairement dans ce vent soufflant continument. Nous avons marché, lutté, en pensant aller jusqu’au cœur de la montagne, pour essayer de rendre notre regard libre dans l’espace. Mais nous n’avons jamais trouvé cette région hors du temps. Je pense savoir où elle se trouve.
En attendant, de là haut, nous avons simplement regardé les étoiles nous bercer, palpiter doucement dans nos cœurs fragiles, et choisi d’admirer, de contempler, de découvrir délicieusement et silencieusement du couchant à l’aube, ces pyramides sublimes, avec comme dernière pensée, que c’est la montagne qui nous a acceptés. »
Claude Muller

Jean-Jacques Rousseau, le vagabond

J’aime l’idée de raconter, comme je le faisais naïvement aux Charmettes dans mon enfance, que Jean-Jacques Rousseau est un vagabond.
D’abord, je crois que c’est un peu vrai. Il aimait marcher, se balader, herboriser, errer et vagabonder sur les chemins avec pour seul objectif d’aller à la rencontre de la nature et d’y découvrir sa vérité profonde. « J’aime à marcher à mon aise, et m’arrêter quand il me plaît…voilà de toutes les manières de vivre celle qui est le plus à mon goût. »

Ensuite, j’aime penser que je marche quelquefois dans ses pas, j’imagine qu’il est passé par là, qu’il s’est assis sur cette pierre, qu’il a glané quelques fleurs dans ce sous bois, qu’il a gravi ce sentier, qu’il a bu dans cette fontaine, et qu’il s’est posé comme moi sur ce rocher, face à ce paysage Chartrousin. Alors, tel ce promeneur solitaire, je rêve. « Jamais pays de plaine, quelque beau qu’il fût, ne parût tel à mes yeux. Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur« .
Enfin, il me semble que Jean-Jacques Rousseau a mené une vie de bohème. Il a exercé milles métiers, pour garder intact son indépendance, il a longtemps cherché sa voie, hésitant entre musique et littérature, il a eu milles conquêtes, sans jamais fonder de foyer, il a même eu cinq enfants, mais les a abandonnés à l’assistance publique. Si ce n’est pas une vie de vagabond ça, je n’y connais rien ! Mais d’un autre côté, il a été, par ses écrits l’un des précieux précurseurs de la révolution française. Pour cela, j’ai envie de me souvenir et de partager avec vous la mémoire de Jean-Jacques Rousseau le romantique, celui qui associe dans un même élan démocratique, sciences, littérature et progrès social.

Jean-Jacques Rousseau - le sentiment et la pensée

Rassurez-vous, je n’ai pas la prétention de me comparer à lui, ni même de vous raconter ses œuvres ou ses écrits. Pour cela, il faudra vous plonger dans le magnifique ouvrage que les Éditions Glénat viennent de publier, Jean-Jacques Rousseau, le sentiment et la pensée.
A l’occasion du tricentenaire de sa naissance (1712-2012), Yves Mirodatos, ce professeur
(chaire supérieure en classes préparatoires littéraires à Annecy) vous raconte ce personnage beaucoup mieux que je ne pourrais le faire. Pour cela, il a rassemblé une équipe de spécialistes de Rousseau et ensemble, ils vous proposent un ouvrage très complet et richement illustré.

Yves Mirodatos

Il a pour ambition de vous faire « découvrir ou approfondir l’homme et son œuvre à travers des thèmes comme le sentiment de la nature, le goût de la musique, le rapport aux femmes, ou les querelles avec ses contemporains ». Dans ce livre très documenté, tous ces auteurs nous racontent un personnage toujours en quête de savoir. Si l’on ne devait retenir qu’une seule idée de son œuvre considérable, ce serait sûrement sa passion pour la vérité, lorsque dans son Contrat social, il associe cette valeur à l’égalité et à la liberté.

Vous pourrez aussi participer aux très nombreux événements et manifestations organisés en Rhône-Alpes pour célébrer l’homme, le voyageur, le philosophe, l’écrivain, le penseur, le précurseur, l’encyclopédiste… La ville de Chambéry, le musée des Charmettes, Grenoble, Genève, le Parc régional de Chartreuse, la région Rhône-Alpes, tous rivalisent d’imagination pour vous raconter, chacun à sa manière, son Rousseau.

A mon idée, pour comprendre Jean-Jacques, rien ne remplacera jamais une belle balade sur le plateau du Vercors par exemple, au pied du Mont Granier, à travers le Désert d’Entremont ou enfin sur les chemins des Charmettes, par une belle journée de printemps, comme il s’en dessine quelques-unes en ce moment. En marchant, vous comprendrez la musique de ses mots, vous entendrez la sagesse de ses pensées et peut-être même que vous sentirez le sens qu’il a voulu donner au mot Liberté.

Claude Muller

Un Forum effervescent à la MC2 de Grenoble

 

Le dernier week end de janvier, à 100 jours des élections présidentielles de 2012, j’ai assisté au Forum de Libé à la MC2 de Grenoble.
Beaucoup de rencontres, des débats parfois intéressants, des visages (re)connus, des politiques en campagne, des amis en errance, des grandes gueules, des interventions passionnantes, des  indignés, des Anonym(e)ous, des idées neuves ou…d’occasion.
Toute cette effervescence m’a donné envie de vous proposer un regard un peu décalé sur cette manifestation.

Et comme j’étais assis juste en face de François Hollande, je me suis permis de le mettre dans ma boite magique pour vous montrer les nombreuses facettes du personnage.
Claude Muller

La yourte à Gazou

L’édification d’une yourte reste une belle aventure. Elle demande à son créateur une intense implication, autant matérielle que sentimentale. Car c’est avant tout « un art de vivre » qu’il se construit, loin des us et coutumes de nos contrées mondialisées, loin de nos civilisations consuméristes, loin de nos économies financiarisées, loin de nos pensées cloisonnées. Gazou aime emprunter à Gandhi les mots pour le dire :

« 
Soyez le changement que vous voulez voir dans ce monde« .


Les indignés de la Costa del Sol ou de Wall Street comprennent ce langage. Formés à l’art du dialogue sur internet, leurs actes restent conformes à leur idées et s’ils peuvent se regrouper via les réseaux sociaux, c’est tant mieux.


Ceux de la génération précédente, commençaient par discuter et se réunir pour « couper les cheveux en quatre » au sein d’associations, de syndicats et de clubs en tout genre… Dès qu’ils se sentaient assez forts, ils s’organisaient et réfléchissaient avant d’agir. Je ne sais pas qu’elle est la méthode la plus efficace, mais pour la construction d’une yourte, c’est clairement celle de Gazou, la meilleure.
Il faut dire qu’il est bucheron, ça aide. Ce terrien a commencé par éclaircir sa forêt pour choisir ses arbres sur pied, avant de les couper, les élaguer et les scier, selon ses plans. Puis, il a construit un plancher circulaire et l’a posé sur pilotis au beau milieu d’une clairière.

Il s’est fait architecte, menuisier, couturier, ébéniste et metteur en scène pour poser sa yourte dans son décor naturel. Il faut dire qu’il a beaucoup d’ami(e)s, ça aide.
Il a voulu sa yourte démontable (ni vis, ni clou, ni colle…) pour pouvoir la transporter ailleurs, un autre jour peut être, sur une autre terre, sûrement.

Depuis, Gazou s’invente la vie…qui va avec. Il a fait de l’absence de branchement aux réseaux domestiques un atout. Toilettes sèches, récupérateur d’eau de pluie et panneaux solaires lui procurent un confort indéniable. Il sait la nature généreuse. Elle lui donne châtaignes, champignons, fruits et plantes…tous à portée de main. Il jardine aussi beaucoup pour nourrir ses convives de ses douces patates agrémentées des fruits de son cru. En contrepartie, ses ami(e)s lui apportent quelques relents et ragouts de notre civilisation.

Mais ne croyez pas que Gazou soit un loup solitaire, c’est peut-être même le plus civilisé d’entre nous, car il s’invente et crée au quotidien une culture nouvelle. La proximité sera sa force et la solidarité sa source. Il sera paysan, celui qui cultive son pays.

Claude Muller

Le Reblochon, tout un art

Lorsque j’ai réalisé ce reportage à Vacheresse dans la Vallée d’Abondance en Haute-Savoie, les fromageries s’appelaient des fruitières et les artisans fabriquaient des fromages fermiers dans d’immenses cuves en cuivre. A l’époque, ce travail m’avait si fortement impressionné que j’avais décidé de le raconter, pour le partager. Aujourd’hui, les mots et les images ont gardé toutes leur forces.

Sitôt la traite du matin livrée dans des boilles en alu, les fruitiers doivent immédiatement se mettre au travail. Le lait de vache cru, surtout lorsqu’il descend des alpages, n’attend pas. Il doit immédiatement être transformé en Reblochon, ce fromage à pâte pressée imaginé par les Savoyards.


L’artisan de cette minutieuse production commence par ensemencer le lait avec des ferments lactiques. Là se cache le secret de cette fabrication. C’est ce geste qui va donner son goût au Reblochon. Vient ensuite le caillage du lait. De la chaleur autour des cuves, de la présure et une demie heure plus tard, la caséine coagule. C’est un moment très délicat. Le fruitier a besoin de tout son art pour réussir cette transformation. Puis le caillé est tranché et la main du fruitier peut entrer en action pour former le fromage. Le moule, la toile, la dextérité du fruitier permettent au caillé de s’écouler et aux grains de s’agglomérer. Ils forment une pâte molle. Le Reblochon nait entre les doigt du fruitier. Il s’égoutte et prend sa forme dans un pressoir pour plonger ensuite dans un bain de saumure. C’est là que sa croute se forme. Puis, il va sécher en cave sur des planches d’épicéa et prendre sa belle couleur safran. Le fruitier se fait alors affineur pour le tourner, le frotter, le saler, le bichonner…et quatre ou cinq semaines plus tard, recouvert d’une fine barbe blanche, ce reblochon se retrouve dans votre assiette…. Bon appétit.

Claude Muller