Un café littéraire ou un café histoire ?

Notre prochain café, le 44ème, sera-t-il un café littéraire ou un café histoire ? Ce sera en tout cas un café inédit tant les passionnantes aventures d’Alfred et Henry Fredet dans le Grésivaudan sont largement méconnues du plus grand nombre. Éric Robert vous racontera cette grandiose épopée industrielle. Elle a largement façonné notre vallée, depuis Brignoud, là où ils avaient installé leur papeterie, mais aussi à Froges, Villard-Bonnot, Tencin, Pontcharra, Allevard, La Ferrière, jusqu’à la vallée de la Romanche avec le barrage du Chambon et le plateau des Petites Roches avec ses sanatoriums et son funiculaire… Notre auteur, qui a écrit ce livre à la demande du Grésivaudan, répondra bien sûr à toutes les questions que cette aventure vous inspire…
Claude Muller

Qui étaient Alfred et Henry Fredet ?

Lorsque l’on pose cette question aux habitants de la vallée du Grésivaudan, on n’obtient pas ou peu de réponse. Et pourtant, ce pays doit beaucoup à ces deux personnages. Comme chacun le sait : « c’est en connaissant notre passé que nous pourrons nous dessiner un avenir ».  Fort de cet adage, la communauté de communes Le Grésivaudan a décidé qu’il était urgent de vous raconter les vies et œuvres de ces deux industriels pour que nous soyons collectivement en mesure de nous imaginer un futur. C’est toute l’ambition du livre d’Éric Robert « Alfred et Henry Fredet ». S’il a sous-titré son ouvrage « Une épopée industrielle en Isère 1864-1942 », c’est pour nous situer d’emblée l’enjeu de cette époque. En effet, la fin du 19ème siècle et le début du 20ème marquent les prémices du développement économique de notre vallée. Et ces deux inventeurs joueront un rôle majeur dans cette révolution industrielle. Le père, Alfred Fredet est ingénieur. Il est l’un des premiers à avoir compris la force que l’on pourrait tirer des chutes d’eau descendant de la montagne. Tel Aristide Bergès, il a imaginé et construit, après moultes recherches et aventures, une râperie et une papeterie aux pieds de sa conduite forcée. C’est à Brignoud qu’il a finalement installé ses ateliers. Le succès étant au rendez-vous, il s’est impliqué fortement dans le développement de ce qui n’était au départ qu’un hameau.

Son fils, Henri Fredet prendra sa succession tout en diversifiant ses activités. Lui a compris, à son tour, toute la force que l’on pourrait tirer de l’hydroélectricité. Ainsi, il créera un groupe industriel très diversifié. Il conçoit une centrale électrique sur Le Breda à la Ferrière d’Allevard et construit une ligne à haute tension pour alimenter sa papeterie de Brignoud. On lui doit entre-autres les usines d’électrochimie et d’électrométallurgie de Brignoud. Au fil du temps et des alliances, elles s’appelleront Fredet Kuhlmann, puis Pechiney Ugine Kuhlmann, puis Atochem et enfin ATO. Il créera une centrale électrique à Tencin et un immense Atelier de réparation de wagons, toujours à Brignoud. En quête d’énergie, il se lance dans le projet pharaonique du Barrage du Chambon pour créer une centrale hydroélectrique dans la vallée de la Romanche. A la demande de l’UIMM (Union des Industries Métallurgiques et Minières) pour soigner ses employés atteints de tuberculose, il est à l’initiative de la construction de sanatoriums sur le plateau des Petites Roches. Pour cela, il conçoit le funiculaire de Saint Hilaire du Touvet. Comme son père, il s’implique aussi fortement dans le développement de la vallée. Il construit de nombreux logements, des cités-jardins, des maisons ouvrières, des maisons d’ingénieurs et participe à la création de groupes scolaires et à l’édification de l’église de Brignoud… Mais malheureusement, son empire industriel s’effondrera lors de la crise des années 1930, ce qui explique peut-être que l’on a oublié ces deux personnages.

Brignoud vers 1900

Pour écrire ce livre, Éric Robert a bénéficié des archives complètes des descendants de la famille Fredet. Il a su exploiter à merveille cette riche iconographie pour créer un livre très complet, très beau et surtout très riche. Très agréable à lire, il se présente un peu comme une bande dessinée illustrée. Grâce à cette mise en page astucieuse, on se retrouve facilement dans cette époque marquée par une grande inventivité mais aussi par une grande fragilité due aux guerres et conflits mondiaux. En tout cas, ce livre va permettre à nombre d’habitants de la vallée de mieux comprendre et partager leur histoire commune et peut être aussi de mieux saisir l’évolution du paysage du Grésivaudan.
Claude Muller

Brignoud vers 1950

Euphonia 2344 est heureuse

Hector Berlioz croyait tant au pouvoir de la musique qu’il avait imaginé qu’elle dirigerait le monde en l’an…2344. Il avait même donné le joli nom d’Euphonia à sa « société idéale ». Belle et généreuse idée. Il l’avait mise en scène dans un récit d’anticipation paru en 1844 dans La Gazette musicale. Berlioz la décrivait ainsi : « On peut la considérer comme un vaste conservatoire de musique, puisque la pratique de cet art est l’objet unique des travaux de ses habitants… »

Bruno Messina rêvait depuis longtemps de « mettre en musique » cette  nouvelle littéraire et lorsque que le compositeur Michaël Levinas en accepte l’augure, tous deux n’imaginaient pas le succès que cette « pièce musicale » recevrait au cours du Festival Berlioz 2019.

J’avoue qu’au début, elle m’a un peu déroutée. Un opéra chantant a cappella la décadence de la musique Italienne, c’est… Berlozien ! Quand les femmes font des infidélités, c’est le bouquet. Mais, quand les chœurs interviennent pour remettre de l’ordre dans ce capharnaüm, la sérénité revient sur la planète Euphonia et dans la salle.

« Un flot d’harmonie inonde le jardin », les belles cantatrices reviennent, les cloches sonnent à nouveau et l’orchestre reprend goût à la belle musique. C’est alors que le génie du compositeur donne sa pleine mesure…
On se sait plus si c’est Hector Berlioz ou Michaël Levinas qui lui donne vie, mais on sait qu’Euphonia est heureuse et nous aussi.

Claude Muller

L’envol du Festival Berlioz

Mercredi (21/08/2019) au soir, le violoniste Renaud Capuçon nous a complètement sublimés. En ouverture, son interprétation de « Rêverie et Caprice (op.8) » d’Hector Berlioz était lumineuse. Non seulement elle s’accordait à merveille avec l’Orchestre National de Lyon, mais ses solos transcendaient le public comme jamais. Son corps s’élançait pour accompagner les notes de son violon qui voltigeaient dans la salle.

La connivence avec Kristina Poska, la jeune cheffe d’orchestre, était visible. L’illusion était totale. Dans le concerto « L’Arbre des Songes » d’Henri Dutilleux, le miracle s’est à nouveau reproduit pour notre bonheur. Merci au Festival Berlioz de nous avoir offert ces moments-là. Ils sont précieux.

Claude Muller

Berlioz inaugure son Festival

En ce week-end inaugural du Festival Berlioz, le Roi Hector était partout, son cheval de Troie trônait au milieu du parc Allivet de la Côte-Saint-André. En arrivant, on ne voyait que lui. Chacun voulant monter dans ses entrailles pour prendre de la hauteur et peut être le rencontrer… Il faut dire que la fête était belle. Et Berlioz était partout. Tel un enfant, il était sur un manège tournant au son de l’accordéon, montant à cheval, tirant à l’arc, jouant aux dames ou aux échecs, écoutant des saltimbanques, apprenant à sculpter le bois…et dans la soirée, chacun l’a vu rire et danser le rigaudon. La nuit venue, il était bouche bée devant le feu d’artifice tiré en son honneur… Certains murmurent même qu’il a passé la nuit dans les entrailles du Cheval de Troie pour être aux premières loges afin d’assister à tous les concerts de ce Festival

Claude Muller

Hector Berlioz est vivant

Il parait qu’Hector Berlioz serait décédé il y a 150 ans ! Moi je dis qu’il est toujours vivant, la preuve ? Il est de retour sur ses terres, du Haut Meylan, chez son grand père Nicolas Marmion, là où il a vécu ses premiers émois amoureux avec Estelle, à la Cote Saint André, chez lui, là où les musiques de sa jeunesse résonnent encore dans la campagne. Toute son inspiration, elle vient de là, elle vient des fêtes et bals de son enfance.

Et c’est dans cet univers que le génie de ce 150ème festival, va nous plonger. Nous baignerons dans une ambiance champêtre, là où les « deux ailes de son âme, l’amour et la musique, se sont déployées ». Adolescent, une lecture a beaucoup enflammé son imagination naissante. Tel Ulysse et son cheval de Troie, Berlioz, tel un Roi, s’imaginait conquérir le monde… Plus tard, il en composera un opéra en cinq actes. Nous le fêterons en créant une grande fresque lors de la fête d’ouverture du 150ème festival Berlioz, les 17 et 18 août 2019. En prenant d’assaut sa ville natale avec un cheval de Troie en bois, nous pénètrerons dans cette capitale de la Bièvre. Après un défilé, le feu d’artifice et la grande fête populaire d’ouverture, place à la musique.

Pendant les 15 jours de ce festival, les plus grandes baguettes dirigeront les plus grands orchestres et tous rivaliseront d’audace pour rendre hommage à ce génie de la musique qu’est Hector Berlioz. Il est « incomparable, unique, et inouï », nous raconte Bruno Messina, le directeur de ce festival.

Rendez-vous du 17 août au 1er septembre dans près de 80 manifestations à la Côte Saint André, au parc Allivet, à la ferme du Chuzeau, dans le jardin du musée Berlioz, à l’église, sous les voûtes de la Halle Médiévale et au château Louis XI, pour écouter, voir et chanter Berlioz en compagnie de quelques 1600 artistes…
Claude Muller

Un voyage dans l’astronomie sombre : celle des trous noirs et de la matière noire

Gérard Muller continue à explorer toutes les possibilités offertes par le roman policier scientifique. Après « L’âme de la fontaine étourdie », qui a emmené ses lecteurs dans les arcanes de l’âme humaine et de la physique quantique, il propose avec son nouveau roman, « Le soleil noir de Tenerife » (publié aux éditions Lazare et Capucine), un voyage dans le domaine des trous noirs et de la matière noire. Deux phénomènes qui restent très mystérieux pour les astrophysiciens.

Les trous noirs, ces concentrations de matière dont rien ne sort, pas même la lumière, font fantasmer l’humanité depuis qu’Einstein en a découvert le concept. Présents au centre de chaque galaxie, ils peuvent posséder la masse de plusieurs millions de soleils, et attirent toute matière qui aurait l’audace de s’en approcher. Ils présentent en outre d’autres singularités comme une dilatation du temps inimaginable et peuvent même, selon Stephen Hawking, permettre un passage vers d’autres univers.

La matière noire, appelée ainsi car elle est invisible par tous nos détecteurs hertziens, représente plus de six fois la masse visible dans l’univers. Aujourd’hui, personne n’en connaît l’origine ni la composition. Nous en voyons les effets tous les jours dans le cosmos, grâce aux lentilles gravitationnelles et à l’étude de la stabilité des galaxies, mais la communauté scientifique se perd en conjectures sur les particules qui la composent.

Afin de permettre au lecteur d’explorer ces concepts, avec une approche romanesque, Gérard Muller a imaginé le scénario suivant : Fernando, spécialiste du soleil, scrute son astre favori tous les jours à l’aide du grand télescope de Tenerife (observatoire du Teide). Un beau matin, il y aperçoit une tache noire en son centre. Après avoir vérifié le bon fonctionnement de son instrument, il doit se rendre à l’évidence : la tâche est bel et bien présente. S’agit-il d’un astéroïde, d’un satellite, d’un trou noir ou de la matière noire ?

Il a alors l’intuition qu’il pourrait s’agir d’une manifestation de la matière noire. Avec sa stagiaire Monica, il contacte l’observatoire d’Hawaï qui confirme bien la réalité de cette tache. Les Américains ne croient pas du tout à de la matière noire, et toutes les observations semblent bien infirmer cette hypothèse. Toutefois, ils vont tenter de mettre l’équipe canarienne sur de fausses pistes, ce qui renforce l’idée qu’il pourrait s’agir d’un phénomène aussi mystérieux qu’important.

Fernando fait alors venir son amant qui est aussi astrophysicien et, à l’aide d’un soi-disant thésard chinois, ils vont s’évertuer à trouver l’origine de cette tâche. Au bout de quelques semaines, le Chinois donne à ses collègues la solution qui implique des considérations politiques et stratégiques. Il leur propose alors un deal, en échange de leur silence.

L’équipe de Fernando accepte le deal après quelques hésitations, et en réponse, le pseudo-thésard chinois, en fait un des pontes de l’astrophysique de Pékin, leur livre une partie de ses travaux : à savoir que les trous noirs seraient beaucoup plus massifs que prévu et qu’ils renfermeraient en fait la matière noire que tout le monde recherche. Fernando continue à avoir des doutes sur cette hypothèse (qui voudrait que les galaxies s’écroulent sur leur trou noir central), et va émettre l’hypothèse qu’en fait, la matière noire viendrait d’autres univers qui déverseraient leur matière dans les trous noirs (qui seraient des ponts entre les différents univers. Hypothèse Stephen Hawking). Cette hypothèse est-elle vérifiée ? Le lecteur le saura à la fin du livre au style fluide, vivant et facile à lire. Une façon amusante d’entrer dans le monde de l’astrophysique en utilisant les techniques du roman policier.

Claude Muller